Structure et Evolution des Récepteurs Nucléaires d'Hormones
Vincent LAUDET
The Nuclear Receptor FactsBook by Vincent Laudet, et al
(Paperback -November 2001)
http://www.rbookshop.com/engineering/b/Biochemistry/The_Nuclear_Receptor_FactsBook_0124377351.htm
La famille des récepteurs nucléaires regroupe
des facteurs de transcription qui dépendent d'un ligand
pour leur activation et se fixent sur des séquences d'ADN
spécifiques appelées éléments de réponse,
situés à proximité des gènes qu'ils
régulent. Cette famille comprend les récepteurs
nucléaires des hormones stéroïdes dérivées
du cholestérol (glucocorticoïdes, oestrogènes,
progestérone etc...) et les récepteurs nucléaires
des hormones thyroïdiennes, de la vitamine D3 ou de l'acide
rétinoïque. Mais cette famille, qui regroupe plus
d'une cinquantaine de gènes différents comprend
également de nombreux "récepteurs" pour
lesquels aucun ligand n'a été décrit et que
l'on nomme donc "récepteurs orphelins". L'existence
des récepteurs nucléaires orphelins pose un véritable
défi pour qui s'intéresse à cette famille
: en effet soit ces récepteurs ont effectivement un ligand
qui reste à découvrir et alors ils constituent un
moyen très intéressant d'identifier de nouvelles
hormones, soit ils sont vraiment orphelins et alors se pose la
question de leur mode de fonctionnement (comment leur activité
est-elle régulée ?) et de leurs relations avec les
récepteurs "classiques".
Grâce à la fixation de ligands spécifiques
qui modulent leur activité, les récepteurs nucléaires
offrent la possibilité de contrôler directement l'expression
des gènes. En outre d'un point de vue physiologique, ces
molécules sont directement impliquées dans le contrôle
de grandes fonctions comme la reproduction, la différenciation
cellulaire ou l'homéostasie. Le fait que leur activité
soit directement modulable par des ligands naturels (hormones,
vitamines, acides gras, ) et que des ligands de synthèse
agissant en agoniste ou en antagoniste soient développés,
ouvre de vastes perspectives d'interventions thérapeutiques
et, en même temps, un moyen de recherche particulièrement
efficace pour comprendre en détail les mécanismes
qui régulent la transcription des gènes. La recherche
actuelle sur les récepteurs nucléaires permet donc
un fascinant mélange entre recherche fondamentale et recherche
plus finalisée.
Depuis sa création en 1994 et encore plus depuis son arrivée
à l'ENS de Lyon, notre équipe utilise la famille
des récepteurs nucléaires d'hormones comme modèle
pour comprendre les mécanismes qui sous-tendent l'évolution
des génomes et pour mettre en évidence comment une
telle famille s'est mise en place au cours de l'évolution.
Pour cela nous développons deux types d'approches complémentaires
:
1) la caractérisation fonctionnelle détaillée
de certains des membres de la famille de façon à
mettre en évidence leur rôle physiologique et/ou
développemental précis. Nous avons donc choisi de
nous concentrer sur deux groupes de récepteurs orphelins
bien différents qui illustrent très bien le type
de questions posées par ces molécules : (i) les
ERR (pour Estrogen Receptor Related) qui sont des orphelins très
proches des récepteurs des oestrogènes et dont la
qualité d'orphelin n'est pas reconnaissable à l'examen
de leur séquence. On suspecte donc que les ERR ont un ligand
qui reste à découvrir. (ii) Les Rev-erb qui, au
contraire, multiplient les bizarreries de séquences et
sont considérés comme de vrais orphelins. Ces récepteurs
jouent un rôle important dans le contrôle des horloges
circadiennes.
2) Une approche comparative qui permet de détailler le
rôle que les récepteurs nucléaires ont joué
comme acteurs de l'évolution, mais aussi en utilisant ces
récepteurs comme "sondes", de mieux comprendre
l'évolution des génomes. L'approche comparative
que nous développons que ce soit au plan de l'analyse des
séquences qu'à un niveau plus fonctionnel constitue
la force et l'originalité de notre approche et est à
la base de notre reconnaissance internationale. C'est pourquoi
nous souhaitons pouvoir poursuivre et développer cette
démarche en tirant parti des possibilités offertes
par la génomique. Nous développeront donc de plus
en plus une génomique fonctionnelle comparative des récepteurs
nucléaires d'hormones.
Structure génomique des récepteurs nucléaires :

Activation ou répression des récepteurs nucléaires

ETUDE DES RECEPTEURS NUCLEAIRES
ERRs
Les strogènes sont nécessaires au maintien de la structure osseuse, comme en témoigne a contrario l'ostéoporose (survenant lors de la ménopause ou en cas d'ovariectomie). Les thérapies anti-ostéoporotiques par restauration du taux d'strogènes présentent toutefois des effets indésirables. De plus, les mécanismes par lesquels les strogènes dans l'os sont mal caractérisés. Les strogènes agissent via deux récepteurs spécifiques (ERa et b) qui appartiennent à la famille des récepteurs nculéaires. Trois récepteurs orphelins (dont on ne connait pas le ligand), ERR (Estrogen Receptor Related) a, b et g, sont proches en structure des recepteurs ER et interfèrent (positivement et négativement) avec le signal strogénique ERRa est exprimé dans les zones d'ossification au cours du développement embryonnaire de la souris ainsi que dans les ostéoblastes. De plus, ERRa promeut la prolifération et la différenciation ostéoblastique in vitro. Nous analysons le rôle de ERRa dans le développement et le maintien du tissu osseux. Comme les strogènes ont également des rôles promoteurs des cancers de l'utérus et du sein, nous étudions également les fonctions des récepteurs ERR dans ces pathologies. De plus, nous analysons de ces récepteurs au cours du développement embryonnaire en utilisant le modèle poisson zèbre.
interférence
ER/ERR : os et organes reproducteurs |
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Membres du groupe:
Jean-Marc Vanacker, CR1 CNRS (jmvanack@ens-lyon.fr)
Béatrice Horard, post-doctorante
Pierre-Luc Bardet, étudiant en thèse
Hervé Menoni, étudiant en DEA
Quelques publications:
-Vanacker JM, Bonnelye E, Chopin-Delannoy, Delmarre C, Cavaillès
V, Laudet V. 1999 Transcriptional activities of the orphan nuclear
receptor ERRa Molec Endocrinol, 13: 764-773
- Vanacker JM, Pettersson K, Gustafsson J-Å, Laudet V 1999
Transcriptional targets shared by Estrogen-receptor related receptors
(ERRs) and estrogen receptor (ER) a, but not by ERb. EMBO
J. 18 : 4270-4279
- Bardet PL, Horard B, Robinson-Rechavi M, Laudet V, Vanacker
JM. 2002 Characterization of estrogen receptors in zebrafish (Danio
rerio) J. Mol. Endo. 28: 153-163
RYTHME CIRCADIEN
Les rythmes circadiens permettent aux êtres vivants de
s'adapter aux changements environnementaux journaliers et se traduisent
par une régulation rythmique des processus physiologiques.
Ces processus sont contrôlés par les horloges circadiennes
qui sont capables de fonctionner en conditions constantes (lumière
ou obscurité constante) et sont composées de trois
paliers : (i) une voie d'entrée, (ii) un oscillateur interne
et (iii) des voies de sortie.
Il est admis que le principal chef d'orchestre de ces horloges
est le noyau suprachiasmatique (SCN) situé dans l'hypothalamus.
Le SCN est activé par la lumière, puis il transmet
l'information circadienne aux différents organes périphériques
(foie, muscles, cur...), qui vont intégrer cette information
en modulant l'activité de nombreux gènes, appelés
les " clock controlled genes " (CCG).
Récemment, nous avons découvert que les gènes
Rev-erba et b, qui codent pour des récepteurs nucléaires
orphelins, ont une expression circadienne chez les mammifères
et les poissons. Nous avons également montré que
Rev-erba est sous le contrôle direct de l'horloge circadienne
et que, en retour, il régule l'expression de certains composants
de cette horloge. Nous pensons que les gènes rev-erb intègrent
différents types de régulations en phase avec l'état
physiologique de l'organisme. Pour répondre à cette
question, plusieurs projets sont à l'étude : (i)
Etude de la régulation de Rev-erba par les composants de
l'horloge circadienne et un certain nombre d'autres signaux physiologiques
in vitro, chez le poisson zèbre et chez la souris (ii)
Recherche des gènes cibles de Rev-erba et b grâce
aux puces à ADN (iii) Suivi de l'expression du gène
rev-erba par imagerie moléculaire in vivo.
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BIOINFORMATIQUE DES RECEPTEURS
NUCLEAIRES (ET D'AUTRE GENES)
Notre activité peut être divisée entre
trois thèmes chevauchants :
- Nous construisons une base de données de récepteurs
nucléaires, NUREBASE, qui non seulement nous permet de
maintenir la nomenclature, mais inclut également de l'information
évolutive et fonctionnelle pertinente, telle que les phylogénies,
les espèces, les domaines protéiques ou les patrons
d'expression. Pour plus de détails vous pouvez voir la
page Web de NUREBASE : http://www.ens-lyon.fr/LBMC/laudet/nurebase.html
- Nous avons une activité continue de recherche en phylogénie,
concernant les récepteurs nucléaires mais aussi
d'autres gènes dont les relations évolutives peuvent
améliorer notre compréhension des récepteurs
nucléaires. Ce thème est étroitement lié
à la recherche en Evolution et Développement dans
notre équipe. Par exemple nous avons caractérisé
l'étendue des duplications de gènes chez les poissons
ou l'origine des récepteurs nucléaires supplémentaires
des nématodes.
- Il y a beaucoup d'information sur les récepteurs nucléaires
à récupérer dans les données de projets
génomiques, telles que les séquences de génomes
complets ou presque, les séquences EST, etc. Par exemple
nous avons établi la liste complète des 48 récepteurs
nucléaires du génome humain.
Contact : Marc Robinson-Rechavi (marc.robinson@ens-lyon.fr)
Publications sélectionnées :
Robinson-Rechavi M, Marchand O, Escriva H, Laudet V. 2001. An
ancestral whole-genome duplication may not have been responsible
for abundance of duplicated fish genes. Current Biol. 11: R458-R459
Robinson-Rechavi M, Carpentier A-S, Duffraisse M, Laudet V. 2001.
How many nuclear hormone receptors in the human genome? Trends
Genet. 17: 554-556
Duarte J, Perrière G, Laudet V, Robinson-Rechavi M. 2002.
NUREBASE: Database of nuclear hormone receptors. Nucl. Acids Res.
30: 364-368
Robinson-Rechavi M, Laudet V. 2003. Bioinformatics of nuclear
receptors. Methods Enz. under press

EVOLUTION ET DEVELOPPEMENT : LE CAS DE LA FAMILLE DES RECEPTEURS NUCLEAIRES
L'étude de l'évolution de la morphologie des
métazoaires est directement reliée avec l'évolution
de leur développement embryonnaire. Le moindre changement
dans les voies développementales peut produire de nouvelles
morphologies. L'étude de tel processus à travers
l'étude comparative entre différents model animaux
est appelé EVO-DEVO.
A l'intérieur de l'EVO-DEVO, nos recherches sont ciblées
sur la compréhension du rôle des gènes dupliqués
durant l'évolution. Comment ces nouveau gènes dupliqués
produisent de nouvelles structures et fonctions? La meilleure
manière de répondre à cette question est
par l'étude comparative de la fonction des gènes
dupliqués entre différentes espèces. La super
famille des récepteurs nucléaires est un excellent
modèle moléculaire pour ces travaux car leurs membres
sont directement impliqués dans les processus comme le
développement ou l'homéostasie et ils évoluent
clairement par duplication de gènes. Les récepteurs
nucléaires servent de médiateurs dans des interactions
entre hormones ( ou d'autre ligands ) et dans l'expression des
gènes chez les animaux. L'étude de l'évolution
de la fonction des récepteurs nucléaires chez les
métazoaires va nous permettre de mieux comprendre l'évolution
de certaines voies développementales et l'évolution
des principaux parcours d'hormones des métazoaires.
Dans notre groupe, nous sommes particulièrement intéressés
par l'évolution des caractéristiques des vertébrés.
Dans ce contexte, nous étudions deux principaux modèles
animaux placés à une position phylogénique
clé à l'intérieur de la lignée phylogénique
des Deutérostomiens. Le céphalocordé amphioxus
(Brachiostona floridae) qui est le dernier invertébré
avant les vertébrés et le poisson zèbre (Danio
rerio) . Morphologiquement, l'amphioxus est considéré
comme n'étant pas exclusivement dérivé de
l'ancêtre commun des céphalocordés et des
vertébrés. Ils possèdent un tube dorsale
neuronal creux, un notochorde et un bloc de muscles latéraux
typique des chordes mais il manque certaines innovations de vertébrés
( crête neural, placodes, le cerveau segmenté, l'endosquelette...).
De plus, l'amphioxus ne possède pas la complexité
génomiques présente dans le génome des vertébrés
dû à deux cycles de duplication du génome
qui sont spécifiques des vertébrés après
leur divergence des Cephalochordes.
L'étude de la fonction des récepteurs nucléaires
de l'amphioxus durant le développement et la comparaison
de ces résultats avec le poisson zèbre peut nous
aider dans la compréhension de l'évolution des vertébrés.
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