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Bastien Molcrette, vice-champion de France universitaire de kick-boxing

Photo podium Bastien Molcrette
Actualité

Résumé

Bastien Molcrette, doctorant en physique à l'ENS de Lyon, est devenu vice-champion de France universitaire de kick-boxing lors du championnat national organisé à Marseille le week-end du 1er au 2 février 2020.

Voici son témoignage.

Description


Quand je me suis inscrit aux qualifications régionales en décembre dernier, je n’imaginais pas un seul instant que j’irais aussi loin dans la compétition. Du haut de mes deux ans de boxe française à l’ENS de Lyon avec Franck Ménéroud et de mes six mois de Mixed Martial Arts (MMA) avec Matthieu Quidu, c’était à peine si je connaissais les règles spécifiques au kick-boxing. Mais Matthieu Quidu a eu confiance en moi et a su trouver les mots justes lorsque j’hésitais à abandonner la compétition trois semaines avant les qualifications à Lyon. Avec les autres membres de l’équipe, il nous a coachés et nous a poussés à donner le meilleur de nous-même.

Ma réussite aux qualifications régionales a été une première grosse surprise pour moi. Cette étape franchie, il a fallu poursuivre l’entraînement après les fêtes de fin d’année en vue du championnat national à Marseille le week-end du 1er au 2 février 2020. Pas facile de concilier le travail de thèse et les entraînements, aussi j’allais m’entraîner tard en soirée après ma journée de travail. À ce sujet, un petit aparté à propos de la relation entre le travail et le sport : de mon expérience personnelle, j’ai remarqué une amélioration significative de ma productivité lors de mes phases d’entraînement avant une compétition. L’entraînement réclame un dévouement complet, qui diffuse par la suite dans tout le reste de nos activités : on est plus efficace, plus concentré, en un mot on est meilleur. Fin de la parenthèse.

Départ le vendredi en début d’après-midi pour Marseille, avec la peur qui se fait plus pressante à mesure que l’heure avance. C’est d’abord la pesée en fin d’après-midi, les combats ne commencent que le lendemain ; la pesée est passée avec brio, et quiconque ayant déjà vécu cette épreuve connait la délivrance qu’on ressent juste après lorsqu’on peut enfin manger à nouveau (du brownie !). C’est à ce moment que je recroise mes précédents adversaires des qualifications régionales à Lyon ; je les connais à peine mais ce sont pourtant déjà des amis, le combat ayant créé un lien spécial entre nous. Après nos retrouvailles, je repars pour mon hôtel, l’heure est à la préparation et au repos (nuit courte, sommeil très perturbé…).

Samedi, les combats commencent. Une excellente ambiance s’installe au sein du gymnase, les combats s’enchaînent et on peut sentir l’enthousiasme de tous les combattants. Arrive mon tour, contre un boxeur de Montpellier. La cloche retentit, la bataille commence. Je lance toutes mes forces dans l’affrontement, c’est un déluge de coups qui s’abat sur le tatami. Les reprises s’enchaînent sans que le rythme ne change – très bien. C’est comme cela que j’aime boxer. La cloche finale retentit, c’est la libération. Les juges m’accordent la victoire. C’était mon unique combat de la journée, je pars en demi-finale le lendemain matin.

Dimanche matin, demi-finale : j’affronte à nouveau le boxeur que j’avais affronté en finale aux qualifications régionales. Je redoute beaucoup son jeu de jambes, mais j’ai confiance en ma technique de poings. Depuis le début de la compétition nous avons bien sympathisé, ce n’est plus un inconnu que j’affronte, c’est un ami ; mais pour l’heure c’est un rival. Le combat commence, les coups pleuvent, il n’y a aucun temps de répit. Les échanges de coups sont généreux, mon adversaire m’envoie un coup de pied marteau que je prends en pleine face. J’admire sur l’instant la beauté et la maîtrise de ce coup de pied, décidément c’est un adversaire valeureux. Le combat s’achève, enfin. Là encore, les juges m’accordent la victoire, je pars donc en finale. Avant de quitter le tatami, je remercie mon adversaire de m’avoir offert cette adversité, c’est pour vivre des affrontements comme cela que j’ai pris part à la compétition.

Dimanche midi, finale : c’est une finale lyonnaise, mon adversaire est le boxeur que je crains le plus, celui dont le style est le plus proche du mien. Impossible de le faire plier en lui imposant un rythme d’enfer, nous avons tous les deux le cardio pour aller au bout des trois rounds. La question se réglera autrement, sur la technique et la stratégie. Comment battre sa propre boxe ? Je médite cette question lors du repos avant mon match. Là aussi, j’affronte un ami ; pour lui faire honneur, je dois tout donner pour lui opposer la même adversité que j’attends de lui. Le combat commence, je mets tout ce qui me reste d’énergie dans ma boxe, mon adversaire aussi, le choc est au-dessus de toutes mes espérances, je combats mon ombre, mais elle est meilleure et me pousse à me surpasser pour cette épreuve. Le combat se termine en apothéose sur un échange de coups bien nourri. La compétition est enfin terminée, je peux souffler. Avant l’annonce des résultats, je remercie mon adversaire, son coach et enfin mon homme de coin, qui se trouve être le boxeur que j’avais affronté en premier lors des qualifications à Lyon, un ami donc. Je me dis que le résultat m’importe peu, j’ai eu un adversaire valeureux qui m’a poussé à donner tout ce que j’avais, je suis heureux et fier de mon combat. Les juges annoncent le vainqueur, c’est pour mon adversaire. Une victoire méritée pour un combattant exceptionnel. S’ensuit directement le podium et la remise des médailles. La compétition est terminée pour nous, on se prend dans les bras, on rit ensemble de nos bleus respectifs, on se dit que c’était bien et qu’il faudra qu’on se revoie pour combattre à nouveau. Je quitte le gymnase car j’ai un train à prendre ; en partant, je remercie chaleureusement une dernière fois mes adversaires, mes rivaux, mes amis : c’est sûr, on se reverra.

En résumé : une médaille, des courbatures, mais surtout un super week-end avec des gens extra et une ambiance exceptionnelle. Ce qui est beau dans la boxe, c'est qu'on devient amis avec nos adversaires en commençant par se taper dessus ; la boxe fait ressortir ce qu'on a de meilleur en nous car elle nécessite un dévouement complet à son art, on se donne corps et âme dans la bataille ; chaque combat a son propre sens, chaque combat est unique. Il importe peu de gagner ou de perdre, ce qui compte vraiment, c'est qu'à un moment donné, on est allé au combat avec sa peur et son courage, c'est cela même qui fait pour moi l'esprit guerrier et l'essence de la boxe.

Je tiens à remercier mon équipe de l'ENS de Lyon, mes coaches (en particulier Matthieu Quidu qui m'a conseillé tout au long du week-end), l'équipe de boxe de l'Université Claude Bernard Lyon 1 avec qui j'ai passé une bonne partie du week-end, mes hommes de coin, mes adversaires, tous mes sparring partners, l'Association sportive de l’ENS de Lyon qui a financé mon voyage à Marseille, tous mes amis et ma famille, je pense notamment à Anna, la petite dernière qui fêtait aujourd'hui son premier anniversaire, et enfin mes parents qui m'ont toujours soutenu depuis le début, cette victoire c'est pour vous.

Bastien MOLCRETTE

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