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Pourquoi les chauves-souris hébergent de nombreux virus sans développer de symptômes

7-myotis velifer. Credit Elise Lauterbur and Gena Sandoval
Publication

Résumé

Publication du CIRI dans la revue Science Advances le 23 novembre 2022. Alerte presse du CNRS du 23 novembre 2022.

Description

Les chauves-souris sont porteuses d’une multitude de virus, pathogènes pour la plupart des mammifères, sans développer de symptômes. Comment l’immunité de l’animal a évolué pour s’en prémunir ? C’est la question à laquelle répondent des scientifiques, principalement du CNRS, de l’Université Claude Bernard Lyon 1, et de l’ENS de Lyon, dans une nouvelle publication dans Science Advances.

La réponse se situe, entre autres, dans le nombre de copies du gène PKR, qui participe à la réponse immunitaire contre les virus. Alors que la majorité des mammifères ne possèdent qu’une seule copie de ce gène, certaines chauve-souris en ont plusieurs. Autant de copies qui ont permis à l’animal de diversifier son répertoire antiviral, et ainsi de faire face à une diversité de virus. Cette caractéristique a été rendue possible grâce aux duplications du gène PKR, et à la « sélection naturelle positive » de ces dernières, au cours de l’évolution de l’animal. La « sélection naturelle positive » est la sélection naturelle de mutations avantageuses conférant à son porteur de plus grandes chances de reproduction. Cette mutation se transmet alors de façon héréditaire, jusqu’à remplacer l’état préexistant.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont adopté une approche interdisciplinaire, intégrant des données issues du terrain, de la génétique, de l’éco-épidémiologie, de la biologie moléculaire et cellulaire, et de la virologie. Ils ont ainsi retracé l’histoire évolutive du gène PKR chez différentes espèces de chauves-souris, et ont analysé, sur le plan moléculaire, les adaptations acquises suite aux épidémies passées rencontrées par les chauves-souris. Ces travaux participent notamment à une meilleure compréhension de la transmission des virus entre espèces hôtes.

En France, ces recherches ont impliqué des scientifiques du Laboratoire de biométrie et biologie évolutive (CNRS/VetAgro+/UCBL), et du Centre international de recherche en infectiologie (CNRS/Inserm/ UCBL/ENS de Lyon), et ont principalement été financées par le LabEx Ecofect et l’Agence nationale de la recherche.

Référence : Adaptive duplication and genetic diversification of protein kinase R contribute to the specificity of bat-virus interactions. Stéphanie Jacquet, Michelle Culbertson, Chi Zang, Adil El Filali, Clément De La Myre Mory, Jean-Baptiste Pons, Ondine Filippi-Codaccioni, M. Elise Lauterbur, Barthélémy Ngoubangoye, Jeanne Duhayer, Clément Verez, Chorong Park, Clara Dahoui, Clayton M. Carey, Greg Brennan, David Enard, Andrea Cimarelli, Stefan Rothenburg, Nels C. Elde, Dominique Pontier et Lucie Etienne. Science Advances, 23 novembre 2022.
DOI : 10.1126/sciadv.add7540

Crédit photo d'illustration : Élise Lauterbur et Gena Sandoval

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