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ART-4122 : L'art préhistorique: un paradigme esthétique.

Niveau M1+M2

Discipline(s) Arts

ECTS 5.00

Période 1e semestre

Localisation Site Descartes

Année 2019-2020

 Public externe (ouverts aux auditeurs de cours)
 

Créneau
Mardi Après-midi
Horaires du cours
15 h - 18 h SAUF LE 3 décembre où le cours se tiendra exceptionnellement de 13 h à 16 h)
Objectif du cours

Ce séminaire explorera l’hypothèse selon laquelle l’art préhistorique constitue une « forme symbolique » (Panofsky), mieux : un « paradigme » (Damisch), c’est-à-dire qu’il présente un ensemble de caractéristiques formelles qui structurent de manière inédite l’œuvre d’art et sa production – en particulier en ce qui concerne l’espace, la représentation ou encore la perception. Nous commencerons par examiner l’idée audacieuse selon laquelle la naissance de l’humanité serait liée à la naissance de l’art (Bataille, Mondzain). Nous passerons aussi en revue quelques-unes des interprétations les plus significatives de l’art préhistorique comme la thèse de l’art pour l’art et les interprétations magique, chamanique, structuraliste (Leroi-Gourhan), phénoménologique (Grosos). Puis, à partir d’un examen formel de l’art des parois (qui présente, outre les spectaculaires représentations animales, des gravures, des empreintes de mains, des signes et des tracés digitaux), nous analyserons des pratiques telles l’empreinte (Didi-Huberman) ou le souffle et le crachis pour montrer que de telles techniques impliquent une conception de l’image et de l’art originales. Pour le dire autrement, le paradigme préhistorique que nous essayerons de décrire s’oppose à la conception de l’image et de l’art imposée par le paradigme dit perspectif, soit une conception selon laquelle le tableau est une fenêtre à travers laquelle regarder l’historia (Alberti). Le traitement de la paroi à la préhistoire amène à développer de toutes autres catégories esthétiques. Enfin l’art préhistorique nous force à considérer autrement le temps de l’art et la façon dont nous écrivons l’histoire de l’art. Les artistes les plus marquants de XXe siècle, de Picasso à Klee, de Moore à Soulages ont été fascinés par la préhistoire en raison de sa paradoxale modernité. Comment rendre compte de cette étonnante rencontre entre le plus ancien et le contemporain ? Ce sont les concepts d’histoire, de progrès, de primitivisme et d’origine qui seront en jeu.

Cet examen philosophique de la portée de l’art préhistorique pour penser l’art suivra deux caractéristiques méthodologiques. D’abord, même si la préhistoire a suscité dès la fin du XIXe siècle un imaginaire foisonnant voire fantasmagorique, notamment chez les écrivains, peintres et sculpteurs – et il faudra rendre compte des raisons d’un tel engouement –,  nous ne comprendrons pas la préhistoire en un sens seulement métaphorique. Des mises au point sur l’histoire de la découverte et de la reconnaissance de l’art préhistorique et sur l’état des savoirs à partir duquel l’art mobilier (petits objets) puis pariétal a été pensé seront nécessaires. Ce n’est par exemple qu’en 1902 que l’authenticité des grottes ornées est reconnue par la communauté savante, à un moment où un certain transformisme cède le pas à de nouvelles conceptions scientifiques. Ensuite, parce que l’étude de l’art préhistorique exige une approche interdisciplinaire, l’interrogation esthétique qui sera menée mobilisera un ensemble de positions théoriques variées relevant de la philosophie, de la préhistoire, de l’anthropologie, de l’histoire de l’art et de la science de l’image (Bildwissenschaft).

Cours de Master.

Modalités de validation :

- assiduité

- ponctualité

-  lecture des textes conseillés

- un oral en fin de semestre

  • 24 septembre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.002)
  • 8 octobre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.115)
  • 22 octobre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.002)
  • 5 novembre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.002)
  • 19 novembre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.002)
  • 3 décembre 2019: 13h00-16h00 (Salle D2.109) – ATTENTION CHANGEMENT D’HORAIRE
  • 17 décembre 2019: 15h00-18h00 (Salle D2.115)

            Philosophie     

  1. Blumenberg Hans, Höhlenausgänge, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1989
  2. Grosos Philippe, Signe et forme : philosophie de l’art et art paléolithique, Paris, Éditions du Cerf, 2017
  3. Jouary Jean-Paul, L’Art paléolithique : réflexions philosophiques, L’Harmattan, 2002.
  4. Merleau-Ponty Maurice, L’Œil et l’esprit, Paris, Gallimard, 1964, chapitre 2, en particulier p. 21 et 26.
  5. Mondzain Marie-José, Homo Spectator, Paris, Bayard, 2007, p. 21-30.

 

         Anthropologie

  1. Leroi-Gourhan André, « Réflexions de méthode sur l’art paléolithique", in : Bulletin de la Société préhistorique française. Études et travaux, 1966, tome 63, n°1, p. 35-49.
  2. Lévi-Strauss Claude, Race et histoire, Paris, Unesco, 1952, chapitres 4 et 5.

 

      Préhistoire

  1. Aujoulat Norbert, Lascaux. Le geste, l’espace et le temps, Paris, Le Seuil, 2004.
  2. Clottes Jean, Pourquoi l’art préhistorique ?, Paris, Gallimard, 2011.
  3. Le Tensorer, J.-M. (2012) : « Le biface, image des origines », in : Sebastian Egenhofer, Inge Hinterwaldner, Christian Spies (éd.), Was ist ein Bild ? Antworten in Bildern. Gottfried Boehm zum 70. Geburtstag, Munich, Wilhelm Fink Verlag, p. 148-151. 
  4. Lorblanchet Michel, Art pariétal. Grottes ornées du Quercy, Rodez, Éditions du Rouergue, 2010, p. 105-121.

 

            Histoire de l’art, théorie de l’art, Bildwissenschaft

  1. Bataille Georges, Lascaux ou la naissance de l’art, Genève, Skira, 1953 extraits : Mots de l’éditeur Albert Skira et de Bataille, p. 5 et p. 7 ;  « Le miracle de Lascaux », p. 11-15 ; « La place de Lascaux dans l’histoire de l’art », p. 129-130.
  2. Bredekamp Horst, « Les sorties de la caverne », in : Les Cahiers du Musée National d’Art Moderne, « Préhistoire et modernité », Rémi Labrusse et Maria Stavrinaki (éd.), n° 126 - Hiver 2013/2014, Paris, Centre Pompidou, p. 14-23.
  3. –, Théorie de l’acte d’image. Conférences Adorno, Francfort 2007 [2010], trad. Frédéric Joly, en collaboration avec Yves Sintomer, Paris, Éditions de la découverte, 2015, p. 19-27.
  4. Didi-Huberman Georges, La Ressemblance par contact. Archéologie, anachronisme et modernité de l’empreinte, Paris, Éditions de Minuit, 2008, chapitre 1 : « L’empreinte comme paradigme : une archéologie de la ressemblance », section 1 : « Formes techniques : l’empreinte comme geste » (p. 27-51) et section 4 : « Formes anachroniques : l’empreinte comme survivance » (p. 92-11).

 

            Beaux livres

 

            a) Sur l’art préhistorique

 

  1. Clottes Jean, L’Art des cavernes préhistoriques, Paris, Phaidon, 2008. 
 

 

            b) Catalogues d’exposition mettant en rapport art paléolithique et art moderne :

 

  1. Anati Emmanuel (éd.), 40 000 ans d’art contemporain : aux origines de l’Europe, Capo di Ponte, Edizioni del Centro, 2003 (2000 pour l’édition italienne).
  2. Debray Cécile, Labrusse Rémi, Stavrinaki Maria (éd.), Préhistoire. Une énigme moderne, cat. exp., Paris, Éditions du Centre Pompidou, 2019.
Modifié le :
03/10/2019 11:10:51