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Réfléchir après Charlie : comprendre et se mobiliser

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Résumé

Interview de Jean-Claude Zancarini, chargé du projet

Description

 L’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, l’assassinat d’une policière à Montrouge le 8 et la prise d’otages et les assassinats dans un magasin "Hyper Cacher" à la Porte de Vincennes le 9 ont provoqué une véritable onde de choc en France. Des manifestations de solidarité ont été organisées les 10 et 11 janvier dans tout le pays pour la défense de la tolérance et de la liberté d’expression. Après les défilés, les analyses.
C’est le temps de « Réfléchir après Charlie ».
Rencontre avec Jean-Claude Zancarini, professeur émérite au laboratoire Triangle. Il a porté le projet avec conviction et engagement.

Entre Nous : « Réfléchir après Charlie », c’est quoi ? Quel est le lien avec Charlie Hebdo ?
Jean-Claude Zancarini : C’est un cycle de conférences-débats issu de réflexions de chercheurs en sciences humaines et sociales autour des événements de début janvier. Il y a un lien avec Charlie Hebdo, bien sûr, et surtout avec la mobilisation des Français qui ont défilé pour défendre nos valeurs républicaines. C’était une belle et forte réponse aux assassins jihadistes et au racisme antisémite et anti-arabe. La preuve qu’il y a dans notre société une force assez grande sur laquelle nous appuyer, une force fondée sur des valeurs partageables. Dire « Je suis Charlie », ce n’est pas forcément reprendre les lignes éditoriales de l’hebdomadaire. C’est se reconnaître comme quelqu’un qui se bat pour la liberté d’expression. Le cycle « Réfléchir après Charlie », c’est une autre façon de se battre. Par la réflexion et l’analyse.

EN : Comment est né ce projet ?
JCZ : C’est le résultat de plusieurs démarches. Le laboratoire Triangle (un laboratoire de recherche sur la pensée, l’action et le discours politiques) était prêt à intervenir sur l’Après Charlie. Jean-François Pinton, notre président, était profondément touché par les événements de janvier. Il l’a sobrement dit dans ses vœux. Et pour lui, l’ENS de Lyon, « c’est avant tout une école où l’éducation est centrale ». C’est aussi une école qui a toute sa place dans le débat politique. Alors avec Sciences Po Lyon, on a monté un projet autour de Charlie. Jean-François Pinton m’a chargé de le mettre en place.

L’idée ensuite, c’était de le proposer à l’ensemble de la communauté universitaire lyonnaise. Et ils sont nombreux à avoir adhéré tout de suite. « Réfléchir après Charlie » c’est un projet de l’Université de Lyon soutenu par l’ENS de Lyon bien sûr, par Lyon 1, Lyon 2, Lyon 3, Sciences Po Lyon, l’Université de Saint-Etienne et le CNRS. C’est aussi une urgence.

EN : Pourquoi ?
JCZ : Nous savons bien que les ennemis de la république n’ont pas disparu juste parce que la foule s’est mobilisée. Ce n’est pas si simple. On a bien vu des comportements antisémites, racistes et anti démocratiques. Or l’école et les universités sont en première ligne face à ces dérives. Leur rôle est déterminant. C’est aussi à nous, chercheurs en sciences humaines et sociales, qui analysons les questions liées à la politique, à l’école, au social, de chercher à comprendre ce qui nous a conduits à ces événements de janvier. Nous devons participer au débat public, dire ce que nous savons le plus clairement et le plus simplement possible. Sans simplifier le propos bien sûr.

EN : L’idée, c’est donc de multiplier les approches et les analyses pour mieux comprendre la situation actuelle ?
JCZ : C’est ça. Chaque conférence propose une approche différente et complémentaire en s’appuyant sur les méthodes des sciences humaines et sociales. La 1ere, celle du 18 mars, donne un ancrage historique avec le témoignage de Philippe Corcuff, ancien chroniqueur pour Charlie Hebdo.
Les conférences de Daniel Frandji sur l’école source d’inégalités et de Valérie Sala Pala sur la politique des logements sociaux comme source de discriminations, abordent des questions liées à la discrimination sociale. L’inclusion / l’exclusion, c’est ce qui peut faire le terreau des extrémismes en séparant des gens qui devraient être unis.
Makram Abbes, spécialiste de philosophie morale et politique en Islam, propose une lecture spécifique de la pensée islamiste (étudiée comme pensée politique), liée à des moments spécifiques. Il ne s’agit pas de l’Islam en général.
Jean Kempf et Vincent Michelot proposent une étude comparée des significations que la France et les USA donnent aux termes « liberté d’expression » et « liberté de culte ». Ce ne sont pas les mêmes. Cela permet de relativiser son point de vue.
Enfin, la conférence d’Emmanuel Taïeb sur la théorie du complot permet de comprendre comment fonctionnent les pensées qui ne sont pas complexes. Et qui perdurent !

EN : « Réfléchir après Charlie », ce n’est pas juste un cycle de conférences comme les universitaires savent en faire. L’enjeu est bien plus large.
JCZ : A notre petite échelle, nous devons former les étudiants à lutter pour nos valeurs de fraternité, contre les forces qui pourraient les faire éclater. Nous devons donner aux enseignants, à tous ceux qui sont en contact avec les jeunes, des arguments contre le jihadisme et les racismes. Cela ne se fera pas en un jour, c’est clair. Ni en un cycle. C’est un travail de longue haleine, et nous voulons y contribuer.

En tout cas, pour garder une trace de ces conférences et des débats qui suivront, nous mettrons à la disposition de tous un journal web et des podcasts qui retransmettront nos propos. Ce sera sur le site de l’ENS de Lyon, rubrique « Actualités ».
Et pour ceux qui pourront se déplacer, nous vous attendons nombreux pour partager nos analyses. C’est pour nous tous.

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Toute l’équipe mobilisée autour de « Réfléchir après Charlie » a été bouleversée par les attentats au Kenya. Nous sommes tous solidaires des étudiants kenyans.

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Réfléchir après Charlie,  le cycle

 
Voir l’ensemble du programme

Informations pratiques


18h-20h, 
Amphithéâtre de l'UdL sauf le 29 avril à l'amphithéâtre de l'ENS de Lyon - site Descartes)

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Inscription préalable obligatoire :  www.aprescharlie.sciencespo-lyon.fr