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Quand le désordre nous dit comment le vivant se construit

Publication RDP dans e-life
Publié le : 6 juillet 2016
Arabidopsis-Teva-Vernoux_publi_e-life.jpg La production de la spirale des organes aériens des plantes a lieu dans un tissu spécialisé à l’extrémité de la tige vue ici en microscopie confocale à un stade où la plante produit des fleurs. La décision de produire un nouvel organe comporte une part d’aléatoire, comme si la plante tirait aux dés pour cette décision. Un modèle utilisant cette propriété permet d’expliquer comment les spirales sont produites et de montrer que les irrégularités du processus informent sur les mécanismes menant à la décision de produire un nouvel organe. Copyright : Yassin Refahi, Géraldine Brunoud, Teva Vernoux, Christophe Godin

Une majorité de plantes distribuent leurs feuilles et fleurs en spirale le long des tiges mais ces spirales sont souvent imparfaites. Un nouveau modèle stochastique de la genèse de ces spirales chez les plantes, publié dans eLife par une équipe menée par Teva Vernoux du RDP à l’ENS de Lyon et Christophe Godin de l’équipe-projet Inria Virtual Plants à Montpellier, montre que les désordres dans les spirales sont comme des filigranes qui nous donnent des informations sur les principes de construction des plantes.

Les organismes vivants produisent des structures ordonnées qui ont depuis toujours attiré la curiosité des chercheurs comme celle du grand public pour leur beauté et leur variété. Mais ces structures complexes ne sont pas parfaites et présentent des défauts à des degrés plus ou moins importants. C’est le cas sur la tige des plantes. Ces dernières produisent tout au long de leur vie de nouveaux organes (branches, feuilles, fleurs,…) le long des tiges, le plus souvent suivant une organisation en spirale. Les nouveaux organes sont produits dans un tissu spécialisé à l’extrémité de la tige et se positionnent successivement les uns par rapport aux autres en inhibant localement la production de nouveaux organes dans leur voisinage. C’est comme si dans une foule tous les individus produisaient un champ de force répulsif qui les empêchait de s’approcher trop les uns les autres. Dans ce système, il faut que la croissance de la tige éloigne suffisamment les derniers organes produits pour qu’un nouvel organe puisse à nouveau être créé. La croissance induit ainsi des initiations rythmiques d’organes. De façon étonnante, il a été observé récemment qu’il n’est pas rare que ce mécanisme régulier soit perturbé et que plusieurs organes soient initiés en même temps ou même inversés par rapport à l’ordre qu’ils devraient avoir sur une spirale idéale. Comment est-il possible de continuer à construire des spirales quand l’ordre des organes est à ce point perturbé ?

Une équipe composée de biologistes et mathématiciens menées par Teva Vernoux du laboratoire RDP à l’ENS de Lyon et Christophe Godin de l’équipe-projet Virtual Plants de l’INRIA à Montpellier a crée un nouveau modèle de la genèse des spirales sur les tiges des plantes en introduisant une part d’aléatoire dans la manière dont les cellules perçoivent l’inhibition produite par les branches/feuilles/fleurs existantes. Ce modèle dans lequel la production des nouveaux organes est en partie déterminée par les lois du hasard permet de recréer avec précision à la fois la régularité des spirales mais également les perturbations de la temporalité des initiations perturbant la spirale. Le modèle suggère qu’une part d’aléatoire gouverne la construction des plantes mais surtout que la quantification des désordres des spirales sur la tige informe sur les paramètres du modèle et donc sur les mécanismes qui contrôlent le mise en place des spirales. Ces désordres sont ainsi comme les filigranes sur les billets de banque : quand on sait comment les mettre en évidence (en les plaçant devant une source lumineuse dans ce cas), il devient possible de lire une information cachée qu’ils portent. Comprendre le désordre nous permet donc de mieux comprendre comment se construisent les systèmes vivants.
 

References: A stochastic multicellular model identifies biological watermarks from disorders in self-organized patterns of phyllotaxis, Yassin Refahi, Geraldine Brunoud, Etienne Farcot, Alain Jean-Marie, Minna Pulkkinen, Teva Vernoux, Christophe Godin, e-life, July, 6th 2016

Thématique :

Biologie, Recherche, Publication

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Pôle Recherche
Aller plus loin
Teva Vernoux est responsable de l'équipe Signalisation hormonale et développement qui s'est donné pour mission de répondre à une question centrale en biologie du développement des plantes : comment les informations positionnels fournies par les signaux hormonaux, des régulateurs morphogénétiques essentiels chez les plantes, régulent la mise en place des patrons spatio-temporels d’identités cellulaires au cours du développement ?

Pour cela l'équipe utilise des approches multidisciplinaires et quantitative afin d’étudier comment la distribution dynamique des hormones végétales contrôle l’expression des gènes dans le méristème apical caulinaire.

Lauréat du Prix La Recherche 2014, Teva Vernoux est également directeur du laboratoire RDP. Il a reçu de nombreux prix et distinctions dont la médaille de bronze du CNRS en 2013, le prix Leconte de l'Académie des sciences
 
 
Mise à jour le 12 juillet 2016
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