La semaine dernière, le Tournoi Français des Chimistes s'est déroulé à l'Université Paris Cité. C'était l'occasion pour 11 équipes venues de la France et du Quebec de s'affronter sur des sujets ouverts en chimie. Ils ont ainsi pu débattre et échanger sur la dépollution des fleuves, une peinture qui change de couleur avec la vitesse de l'objet peint, de la confection d'une bière en moins d'une heure, de la confection d'un détecteur de coriandre, et encore bien d'autres problèmes. La formation Sciences de la Matière s'investit fortement en M1 dans la préparation du tournoi, qui a également son équivalent en physique avec l'International Physicists' Tournament.

En chimie, l'ENS de Lyon est présente depuis le début de la compétition en 2021. La préparation du tournoi fait ainsi partie de la formation. Et même si le format de la compétition restreint le nombre de participants formant une équipe, toute la promotion de M1 est mise à contribution pour défricher les problèmes. Ceux-ci sont originaux et renouvelés chaque année -- généralement au nombre de huit. Et comme ceux-ci sont formulés pour être ouverts, il n'est pas rare de voir lors du tournoi d'autres équipes adapter des approches radicalement différentes pour un même problème.

Pour les étudiants, il s'agit donc avant tout de faire la part belle à la création, l'inventivité, l'ingéniosité, mais aussi bien évidemment à leurs connaissances scientifiques. Cela demande de combiner des approches qui peuvent être vues dans des cours différents : il n'est ainsi pas rare de mélanger de la chimie analytique à de la chimie des matériaux ou encore de l'électrochimie à de la spectroscopie ... si le problème l'exige. C'est donc avant tout une occasion de mettre en avant le vaste champ de compétences vues au sein de la formation. Cela fait écho à la volonté de la formation Sciences de la Matière de garder une approche généraliste et rigoureuse combinant de nombreux aspects en physico-chimie.
Concrètement, toute la promotion de M1 passe une journée par semaine pendant trois mois, puis ceux qui sont motivés pour continuer passent de nouveau trois mois à finaliser les expériences mais aussi à .. préparer la compétition. Et cela demande là encore de nombreuses compétences qui seront très utiles à nos futurs étudiants : préparation de supports de communication, communication orale, mise en forme et analyse de résultats. Bref, tout ce qui fait partie intégrante du métier de chercheur ou enseignant-chercheur. La passion et l'enthousiasme, aussi bien du côté enseignant qu'étudiant mène ainsi à un travail conséquent pour peaufiner la présentation de chaque sujet. C'est aussi l'occasion de s'entraîne au débat scientifique.

Une fois le tournoi venu, même si le vocabulaire penche du côté sportif avec un tournoi, des rencontres, des équipes et un classement. L'intérêt premier est avant tout de partager, de construire, découvrir, se connaître et échanger. Ainsi, bien loin d'un affrontement avec une domination, on est ici avant tout dans l'échange et le débat d'idées, fidèles aux valeurs de l'universalisme défendues par le monde universitaire. Présenter son travail en tant qu'équipe oratrice est déjà un challenge, mais le rôle de contradicteur est tout aussi difficile : il faut savoir à la fois identifier les limites dans l'approche utilisée par l'équipe adverse pour répondre au problème, mais aussi être capable de proposer des solutions ou des expériences complémentaires.
Et force est de reconnaître que la formule fait mouche : de 5 participants en 2021, nous sommes maintenant passé à 11 équipes à peine cinq ans plus tard. Et si cette année c'est l'Université de Strasbourg qui a fait son entrée dans le tournoi, l'ENS de Lyon espère bien rester dans les équipes fondatrices et participer à chaque occasion ! Une des meilleures preuves du succès de la compétition est de voir maintenant d'anciens participants venir ou revenir coacher les générations suivantes. Le passage de flambeau est un gage de pérennité du tournoi et on voit que le virus porte ses fruits : d'anciens élèves de la formation sont maintenant aussi bien dans l'organisation que dans les encadrants des différentes équipes.

Cette année, notre équipe a eu un parcours chargé :
- première rencontre : Québec (P3 Ce qu'on dit au chimiste à propos de fleurs) - ENS de Lyon (P5 la source du fleuve Limule)
- deuxième rencontre : École polytechnique (P6- Vade retro coriandre) - ENS de Lyon (P2 - La Moléculatrice)
- troisième rencontre : Université de Strasbourg (P7 - Architectures du Paradoxe) - ENS de Lyon (P8 - Vitesses Radiantes)
- quatrième rencontre : ENS - Université Paris Saclay (P1 - Une bière, et vite!) - ENS de Lyon (P3 Ce qu'on dit au chimiste à propos de fleurs)
Au bout de la compétition, l'ENS de Lyon a fini troisième, avec un nouveau rendez-vous pris pour l'an prochain, à Montpellier cette fois-ci !
