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Rencontre avec Xavier Pons, nouveau directeur de l'IFÉ

Xavier Pons
Interview

Xavier Pons a rejoint l’Institut français de l’Éducation en tant que directeur le 1er septembre 2025. Six mois après sa prise de fonctions, il partage sa vision et son projet pour l’IFÉ et revient sur le rôle particulier que joue l’Institut au sein de l’ENS de Lyon.

En tant que professeur des universités en sciences de l’éducation à Lyon 1, vous connaissiez bien l’IFÉ. Depuis que vous en avez pris la direction, comment votre perception et compréhension de l’IFÉ a-t-elle évolué ?

Lorsque j’ai décidé de candidater, je concevais déjà l’IFÉ non pas comme un institut de recherche mais comme un institut spécialiste du dialogue entre les chercheurs et les acteurs de l’éducation. En tant que chercheur spécialisé sur les politiques éducatives, je mesurais bien la nécessité de mieux faire connaître ces recherches en éducation et leur faible influence sur la décision des acteurs de la politique éducative. Je crois donc profondément au rôle d’interface que l’IFÉ s’est donné depuis quelques années.

Depuis mon arrivée, je découvre des équipes particulièrement compétentes et très engagées dans leur domaine, avec une grande capacité réflexive, qui m’impressionne chaque jour. Il y a un véritable bouillonnement de compétences dans l’Institut. Avec ces équipes, je sais pouvoir développer et ancrer le positionnement de l’IFÉ dans ses trois missions : la structuration de réseaux entre chercheurs et acteurs de l’éducation (à l’instar du réseau des LéA, Lieux d’éducation associés, qui se développent depuis 15 ans et sont aujourd’hui bien identifiés dans la sphère académique et institutionnelle) ; l’offre de formation pour les formateurs d’enseignants et des pilotes de l’éducation, avec notamment le succès de nos programmes Néopass ou les travaux du centre Alain Savary ; des productions de médiation scientifique en matière d’éducation : je citerais ici les synthèses problématisées de la littérature scientifique rédigées par l’équipe Veille et analyse qui sont très consultées ou les émissions uniques en leur genre produites par l’équipe de Kadékol.

L’établissement est donc particulièrement effervescent et tout l’enjeu est de parvenir collectivement à maîtriser cette effervescence en définissant des priorités claires et en les suivant. C’est ma responsabilité à la tête de l’institut.

Vous avez partagé en décembre avec tous les personnels de l’IFÉ votre projet pour l’Institut. Pouvez-vous nous en donner les grands axes ?

« Faire de l’IFÉ le leader français de l’interface en éducation » nécessite du temps et de la méthode. Il faut d’abord que l’on s’entende sur ce que veut dire « interface en éducation ». Un séminaire interne de travail sur les épistémologies de l’interface est en cours de conception et permettra de consolider notre positionnement.

Ensuite, je propose 4 axes de travail : 

  1. Concernant le fonctionnement interne de l’institut, j’ai utilisé l’expression « refaire Institut » lors de ma présentation aux équipes. Derrière cette expression, il y a très clairement la volonté d’instruire et prendre les décisions qui engagent l’Institut ensemble au sein de l’IFÉ et ensemble au sein de l’ENS. Réfléchir à nos fonctionnements et processus de travail pour les décloisonner. Penser nos formations de manière plus coordonnée, mutualiser certaines ressources, projeter nos dépenses sur un plan pluriannuel, telles sont des réflexions à mener très concrètement.
  2. Approfondir et mieux formaliser les relations entre l’institut et différents acteurs de l’ENS. Je ne développe pas ce point car j’anticipe une question sur le sujet, mais il s’agit en gros de permettre à l’Ifé de contribuer plus directement aux activités de l’école et en interne à l’institut, de travailler plus encore des thématiques liées à l’enseignement supérieur et la recherche.
  3. S’inscrire dans la stratégie scientifique du site de Lyon-Saint-Étienne : nous avons pour cela engagé avec Marco Cappellini (laboratoire ICAR/INSPE de Lyon) une réflexion de fond sur la création d’un institut thématique sur les questions d’éducation et d’apprentissage. Depuis plusieurs mois, nous avons rencontré une quinzaine de laboratoires, des instituts de formation, les écoles doctorales concernées et plusieurs VP d’établissements. Nous serons en mesure de proposer une note d’intention à la présidence, et à terme à la Comue dans les prochaines semaines. L’IFÉ est destiné à jouer un rôle majeur dans cet institut thématique pour mettre en relation chercheurs et acteurs du site, ce qui en retour lui permettra de diversifier encore ses partenaires.
  4. Troisième axe de travail, devenir au niveau national un lieu de référence qui éclaire le débat public sur les questions d’éducation. Par exemple, dans le contexte de la campagne présidentielle 2027, nous planifions en ce moment plusieurs temps forts pour 2026-2027 qui devraient faire de l’ENS de Lyon un forum majeur de la réflexion sur les politiques d’éducation, qui on le sait, sont au cœur d’un projet de société. À suivre à la rentrée…

Sur le second point précisément, comment définiriez-vous le positionnement de l’IFÉ au sein de l’ENS de Lyon et ses liens avec le projet d’établissement ?

À mon arrivée, j’ai pu constater que bien des initiatives et des fonctionnements avaient permis d’ancrer l’IFÉ dans l’ENS de Lyon. J’ai noté aussi le soutien plein et entier de la présidence, qui nous permet de construire un projet pour l’IFÉ au sein du projet pour l’ENS de Lyon.

Je citerais d’abord les liens réguliers établis avec le Laboratoire de l’Éducation (LLE) comme avec le Département de l’Éducation et des Humanités numériques. Avec eux, nous préparons pour le printemps 2027 une semaine de l’éducation annuelle qui deviendra un temps fort de l’ENS de Lyon. Nous avons également créé depuis 5 ans un diplôme d’établissement Passeurs en éducation, dont nous avons organisé la 1re remise de diplôme en décembre dernier. Un réseau d’alumni est en cours de conception. Enfin, depuis 2 ans, nous avons lancé avec les équipes de Kadékol le programme ESOR (Écritures sonores de la recherche) pour sensibiliser et former les chercheuses et chercheurs à la conception et production de podcasts de diffusion de leurs travaux.

L’ensemble des travaux de l’équipe I-SUP, très dynamique, sur la pédagogie inclusive, nous permettront aussi de répondre aux enjeux de formation tant des doctorants de l’École que des nouveaux enseignants-chercheurs.  Nous collaborons également avec la VPE et le futur Institut des Mondes Durables pour réfléchir aux modalités de formation aux transitions dans le cadre de la formation initiale des étudiantes et étudiants de l’école.

L’enjeu est de formaliser, développer et systématiser ces différentes actions. Nous avons par exemple des réunions de travail tous les 15 jours avec les directions du LLE et du département EHN.

Dernière question, en ce début de mandat, quel(s) vœu(x) formulez-vous ?

D’abord un vœu de stabilité, bien au-delà de l’IFÉ d’ailleurs. Dans nos organisations effervescentes et souvent contraintes au court-termisme, je nous souhaite à tous de la stabilité en matière RH, en matière de projets identifiés et durables et bien sûr aussi en matière de calendrier.

Deuxième vœu : auprès de toutes les équipes de l’IFÉ, et surtout avec elles, convaincre, non pas nos nombreux partenaires – eux nous connaissent et voient déjà notre plus-value – mais au-delà les acteurs éducatifs nationaux quels qu’ils soient de la pertinence et de la solidité des nouveaux métiers de l’interface en éducation qui se développent à l’IFÉ. Le système éducatif en a grandement besoin pour définir des transformations pertinentes mieux adossées aux résultats de la recherche.

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