Le 3 décembre 2026, l’École normale supérieure de Lyon décernera le titre de docteure honoris causa à Marianne Bertrand, professeure d’économie à l’Université de Chicago et figure majeure de la recherche internationale en économie. Ses travaux ont renouvelé la compréhension des discriminations, des inégalités et du fonctionnement des entreprises et des institutions. La cérémonie sera suivie d’une conférence intitulée « Gender Inequality, Stereotypes and Identity », ouverte à toutes et tous, sur inscription obligatoire.
Marianne Bertrand, une économiste de référence en microéconomie appliquée
Économiste belge, Marianne Bertrand est une figure majeure de la microéconomie appliquée. Elle est professeure d’économie à la Booth School of Business de l’Université de Chicago, où elle est titulaire de la chaire Chris P. Dialynas Distinguished Service Professor of Economics.
Ses recherches couvrent l’économie du travail, la finance d’entreprise, l’économie politique et l’économie du développement. Elles étudient en particulier les discriminations, les normes sociales et les inégalités, mais aussi les décisions des entreprises et les interactions entre institutions économiques et politiques.
Elle dirige également l’Inclusive Economy Lab de l’Université de Chicago Urban Labs, dont les travaux visent à identifier et à évaluer des solutions susceptibles de favoriser une économie plus inclusive. Elle a par ailleurs exercé les fonctions de corédactrice en chef de l’American Economic Review, revue scientifique de référence en économie.
De la Belgique aux États-Unis, une trajectoire académique singulière
Marianne Bertrand a effectué ses premières études supérieures à l’Université libre de Bruxelles, où elle a obtenu une licence en économie en 1991, puis un master en économétrie en 1992. Elle a ensuite poursuivi son parcours aux États-Unis, où elle s’est installée en 1993.
En 1998, elle a soutenu un doctorat en économie à l’Université Harvard, avant de rejoindre le département d’économie de l’Université de Princeton, où elle a enseigné pendant deux ans. Puis elle a intégré la Booth School of Business de l’Université de Chicago en 2000.
Au fil de sa carrière, elle a développé une activité de recherche particulièrement riche, donnant lieu à de nombreuses publications dans des revues scientifiques internationales de premier plan, parmi lesquelles le Quarterly Journal of Economics, le Journal of Political Economy, l’American Economic Review, et la Review of Economic Studies et Econometrica.
Des contributions majeures à l’étude des inégalités, des institutions et des comportements économiques
Les travaux de Marianne Bertrand ont profondément renouvelé la compréhension des mécanismes qui façonnent les comportements économiques et les inégalités. Ils se distinguent notamment par l’originalité des questions posées et par la rigueur des approches empiriques mobilisées pour y répondre.
L’une de ses contributions les plus célèbres concerne les discriminations raciales à l’embauche. Dans une étude publiée en 2004 avec Sendhil Mullainathan, elle montre, à partir de candidatures fictives comparables envoyées à des employeurs américains, que les CV portant des prénoms perçus comme blancs reçoivent environ 50 % de rappels supplémentaires pour un entretien. Cette expérience est devenue une référence pour la mesure empirique des discriminations. Ses travaux sur les inégalités entre les femmes et les hommes montrent également comment les stéréotypes et les normes sociales peuvent peser sur les choix professionnels, les revenus au sein des couples et la répartition des tâches domestiques.
Ses recherches en finance d’entreprise et en économie politique éclairent les pratiques de gouvernance, les rémunérations des dirigeants et l’influence des intérêts économiques sur les décisions politiques. Elles montrent plus largement comment les caractéristiques des dirigeants, les incitations et les institutions influencent le fonctionnement des entreprises et de l’économie.
Ses recherches sur le développement et les politiques publiques examinent également les obstacles à l’inclusion économique et l’efficacité des interventions destinées aux populations défavorisées. Elles reposent notamment sur l’évaluation rigoureuse de dispositifs concrets, en lien avec les travaux qu’elle conduit à l’Inclusive Economy Lab.
Au-delà de ses contributions thématiques, Marianne Bertrand a également marqué les méthodes de l’économie empirique. Dans un article de 2004 avec Esther Duflo et Sendhil Mullainathan, elle a montré que certaines méthodes statistiques couramment utilisées dans l’évaluation des politiques publiques pouvaient surestimer la précision des résultats, et a proposé des solutions pour fiabiliser les conclusions. Ce travail a durablement influencé les pratiques de recherche en économie appliquée.
Une reconnaissance internationale et de nombreuses distinctions
Les travaux de Marianne Bertrand lui ont valu plusieurs distinctions prestigieuses. En 2004, elle a reçu le prix Elaine Bennett pour la recherche, décerné par l’American Economic Association à une économiste en début de carrière pour la qualité de ses travaux. En 2012, elle a obtenu le Rosen Prize for Outstanding Contributions to Labor Economics, attribué par la Society of Labor Economists, en reconnaissance de ses contributions à l’économie du travail.
Elle a également été élue membre de l’American Academy of Arts and Sciences en 2012, puis de l’Econometric Society en 2013. En 2021, elle a rejoint la National Academy of Sciences américaine, qui distingue les scientifiques pour l’importance de leurs contributions à la recherche.
Puis, en 2024, elle a reçu le Barry Prize de l’American Academy of Sciences and Letters, qui récompense ses contributions à la compréhension des relations économiques, notamment dans les domaines de la finance, de la gouvernance des entreprises, des discriminations et de l’économie du développement.
Sélection de publications de Marianne Bertrand
- « Predicting and Preventing Gun Violence: An Experimental Evaluation of READI Chicago », avec Monica Bhatt, Sara Heller, Max Kapustin et Christopher Blattman, The Quarterly Journal of Economics, 2024.
- « Richard T. Ely Lecture — Gender in the 21st Century », American Economic Association Papers and Proceedings, 2020.
- « Breaking the Glass Ceiling? The Effect of Board Quotas on Female Labor Market Outcomes in Norway », avec Sandra Black, Adriana Lleras-Muney et Sissel Jensen, Review of Economic Studies, 2019.
- « Are Emily and Greg More Employable than Lakisha and Jamal? A Field Experiment on Labor Market Discrimination », avec Sendhil Mullainathan, American Economic Review, 2004.
- « How Much Should We Trust Differences-in-Differences Estimates? », avec Esther Duflo et Sendhil Mullainathan, The Quarterly Journal of Economics, 2004.
- « Gender Identity and Relative Income within Households », avec Emir Kamenica et Jessica Pan, The Quarterly Journal of Economics, 2015.
Parmi ses nombreux prix et distinctions :
- Barry Prize de l’American Academy of Sciences and Letters (2024)
- Membre de la National Academy of Sciences (2021)
- Membre de l’Econometric Society (2013)
- Membre de l’American Academy of Arts and Sciences (2012)
- Rosen Prize for Outstanding Contributions to Labor Economics, Society of Labor Economists (2012)
- Elaine Bennett Research Prize, American Economic Association (2004)
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