Depuis septembre 2024, le programme ESOR accompagne des chercheuses et les chercheurs et les doctorantes et doctorants dans des productions sonores. Chaque année, une journée d’étude précédant la formation rassemble chercheuses et chercheurs et réalisateurs et réalisatrices, parfois sous une même casquette. Cette troisième édition, organisée le 2 mars 2027, prolonge cette réflexion collective sur ce que sont ces écritures sonores de la recherche, tant formellement que dans leur adresse et les enjeux dont elles sont investies.
En février 2026, pour la deuxième édition de la journée d’étude, une table ronde était consacrée aux questions épistémologiques qui entourent les écritures sonores de la recherche, et mettait en dialogue trois chercheuses et chercheurs (O. Lacurie, A. Mariani, F. Rasmont), avant une discussion collective avec le public et une quatrième chercheuse, discutante (S. Leroy).
Plusieurs fils réflexifs ont émergé de ces échanges, que nous souhaitons aujourd’hui continuer à dérouler : l’idée que les écritures sonores interrogent la place de l’intellectuelle et l'intellectuel / du scientifique et de la scientifique dans la compréhension et la transformation du monde ; qu’elles permettent de ne pas céder à une objectivité surplombante et ainsi de ne pas expulser de la compréhension du réel les personnes qui le vivent ; qu’elles tentent de répondre à un enjeu de transparence et de transmission de la démarche du chercheur et de la chercheuse, de la rigueur et de la réflexivité. Dans cet appel à communications, nous souhaitons mettre la focale sur l’auditeur et l'auditrice, sur la réception, et la transmission des écritures sonores de la recherche. Comment les écritures sonores de la recherche permettent d’associer à la démarche scientifique la question de sa restitution dans l’espace social ?
Nombre de chercheuses et chercheurs, investis dans une démarche de médiation scientifique, interviennent déjà à la radio, dans des podcasts, participent à des documentaires. Si la restitution du savoir scientifique s’arrête à ces interventions, dans un cadre décidé par d’autres, quel intérêt pour la chercheuse et le chercheur de s’engager dans des processus d'écritures sonores aussi complexes, tant dans leurs aspects techniques que dans les procédés narratifs qu'ils requièrent ? Qu’apportent la chercheuse et le chercheur à la création sonore, qui n’existe pas déjà ? Qu’est-ce que permet, comme plus value à la médiation scientifique classique – souvent focalisée sur la transmission de résultats de recherche sous forme simplifiée, et souvent déléguée formellement à des « spécialistes » de la médiation – le fait que la chercheuse et le chercheur se forment et s’engagent elle ou lui-même dans une écriture sonore de sa recherche ?
Les journées d’études et formations ESOR et les divers programmes de recherche et rencontres scientifiques qui s'interrogent sur les formats sonores de la recherche commencent à en dessiner les contours épistémologiques, tant sur ce qu’ils permettraient de transmettre que sur ce qui se joue dans le déplacement d’une écriture académique à une écriture sonore.
En passant par l’écriture sonore, on change de langue, on change de registre, et dans ce changement, quelque chose se perd peut-être (la scientificité ?), mais quelque chose se gagne aussi, permettant à l’auditeur et l'auditrice de s’approprier le contenu (scientifique ?). On opère donc une sélection. Et notre responsabilité de « passeur et passeuse » est de veiller à ce que les savoirs soient pris au sérieux, accessibles, rigoureux. Dans un contexte où la légitimité des sciences sociales et humaines est mise en doute par certains discours médiatiques et politiques, les écritures dévoilant la fabrique de la recherche semblent avoir un rôle à jouer. La mise en récit des pratiques scientifiques par le son (comme par d'autres média) pourrait avoir la double fonction d'un gage de transparence de la démarche scientifique et d'une démonstration de la singularité de la voix de la chercheuse et du chercheur dans la cité. Une production sonore de recherche se caractériserait par le désir de faire entendre les démarches de la recherche autant que ses résultats. Donner à entendre comment la recherche se pense, se construit, se discute. Faire sonner le terrain, la méthodologie de l’enquête et la dialectique scientifique à l’œuvre. Faire tomber la vitre, inviter le public non spécialiste à marcher aux côtés de la chercheuse et du chercheur.
Les communications de cette troisième journée d’étude ESOR sont ainsi invitées à explorer comment les écritures sonores, sous différentes formes (documentaire, création radiophonique, podcast de recherche…), permettent de transmettre non seulement des savoirs, mais aussi des méthodes d’enquête et la construction de positionnements théoriques : autrement dit, de raconter la recherche en train de se faire et de placer l’enjeu de sa transmission au cœur de la démarche de la chercheuse et du chercheur. Elles poursuivront aussi un effort de saisie du positionnement épistémologique de telles écritures. Elles pourront enfin interroger les modalités matérielles qui permettent la réalisation et que la chercheuse et le chercheur, en faisant le choix de ne pas déléguer la médiation, se voient contrainte et contraint de prendre en charge. En particulier : quelles sont les difficultés et les limites que rencontrent la chercheuse et le chercheur, initialement non (ou peu) formé à l’écriture radiophonique (mais aussi à la prise de son, au montage, au mixage), qui souhaite réaliser sans intermédiaire des productions sonores ? À l’inverse, quelles sont les conditions de la collaboration entre chercheuse et chercheur et réalisateur et réalisatrice sonore qui permettent d’atteindre cet objectif de transmission de la démarche scientifique ?
Informations pratiques
La journée d’étude ESOR sera composée d’un temps de communications, de plusieurs tables rondes, d’émissions de radio en direct et en public, ainsi que d’une restitution des travaux des participantes et participants à la formation ESOR 2026.
Elle aura lieu au théâtre Kantor de l’ENS de Lyon, le 2 mars 2027.
Modalités de soumission
- Les propositions (titre, résumé de 300 à 500 mots et courte bio-bibliographie) sont à envoyer avant le 30 novembre 2026 à l’adresse suivante : florence.sauvebois [at] ens-lyon.fr.
- Les propositions peuvent être proposées par des collectifs, des binômes réalisateurs et réalisatrices - chercheuses et chercheurs, comme des réalisateurs et réalisatrices ou chercheuses et chercheurs seuls.
Comité d’organisation
- Maé Burlat
- Régis Guyon
- Adeline Houncheringer
- Florence Sauvebois
Comité scientifique
- Maé Burlat
- Christine Detrez
- Fanny Dujardin
- Christian Dury
- Régis Guyon
- Adeline Houncheringer
- Séverine Leroy
- Américo Mariani
- Julie Thomas
- Florence Sauvebois
- Éléonore Vrillon
Mots clés
