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Crise, expertise et progrès. La réforme du spiritualisme français et l’écriture de son histoire dans les années 1860

Date
Lundi 04 mai 2026
Horaires

14h

Lieu(x)
Université de Turin

Italie

Intervenant(s)

M. Alessandro TAVERNITI, du laboratoire IHRIM, sous la direction de Mme Delphine ANTOINE-MAHUT et de Mme Paola RUMORE (cotutelle).

Langue(s) des interventions
Description générale

Résumé de la thèse

La thèse analyse la fabrication d’une image historiographique du spiritualisme français en un moment de crise. En mobilisant un cadre méthodologique général issu de la sociologie politique de l’expertise et de la reconstruction d’histoires possibles et un corpus très diversifié (rapports, correspondances, cours, pamphlets, discussions politiques et documents d’archives), elle reconstitue l’arène polémique, faite de constructions de figures et d’opérations d’auto- et hétéro-étiquetages ; à l’origine du façonnage de l’historiographie dominante du spiritualisme français. La figure de Ravaisson, particulièrement de son Rapport sur la philosophie en France, joue à cet égard un rôle essentiel.

Le premier chapitre présente le diagnostic de la crise philosophique des années 1860 par Paul Janet, acteur qui joue un rôle de premier plan dans notre histoire. Il s’agit, en réalité, d’une crise du spiritualisme français qui, s’il veut survivre, doit se réformer. Parmi les ouvrages philosophiques et savants à l’origine de cette crise, le pamphlet d’Hippolyte Taine sur Les philosophes classiques du XIXe siècle en France est le plus déterminant. Dans cette critique acharnée du spiritualisme, Taine fabrique une figure négative de Cousin, construit une image de la philosophie française au XIXe siècle et avance une méthode philosophique calquée sur les sciences positives qui réduit la juridiction du spiritualisme.

Le deuxième chapitre analyse la manière dont le Rapport de Félix Ravaisson s’oppose au récit de Taine, à travers la construction d’une figure négative différente de Cousin, la fabrication d’une autre image de la philosophie en France au XIXe siècle et l’élaboration d’une méthode qui, au contraire, accroît la juridiction du spiritualisme. Il reconstruit ensuite la commande par Duruy du recueil de textes pour l’Exposition universelle de 1867, en se concentrant sur le rapport sur la philosophie. Enfin, il examine l’usage du rapport d’expertise de Ravaisson dans une discussion au Sénat sur la liberté de l’enseignement supérieur.

Le troisième chapitre, revenant sur le choix du rapporteur pour la philosophie, reconstruit les rapports possibles des acteurs qui avaient été envisagés pour le rédiger. Il imagine les histoires possibles de la philosophie en France au XIXe siècle qui auraient été écrites par Victor Cousin, Elme Caro et Francisque Bouillier. Il déroge enfin au principe de la méthode, en imaginant le rapport, cette fois impossible, d’Étienne Vacherot, qui cependant prend la plume dans le débat.

Le quatrième chapitre s’ouvre avec la reconstruction du dernier des rapports dont la possibilité est attestée, celui de Paul Janet. L’acteur qui avait diagnostiqué la crise du spiritualisme se rallie aux positions de Ravaisson. Cette adhésion éclaire la position de Ravaisson à l’égard des problématiques actuelles et la stratégie qu’il adopte pour répondre à la crise du spiritualisme, à savoir la nier pour proposer au contraire un récit du progrès. Enfin, le succès de l’histoire et du programme philosophique de Ravaisson est expliqué grâce à sa position au sein du champ académique et à travers la reproduction institutionnelle du corps professoral dans la France du XIXe siècle.

Gratuit

Mots clés

Disciplines