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Lectures croisées de Quelques années de ma vie d’Alexandrine des Écherolles - Moulins, Lyon, Paris – 1789-1807

Dates
Du jeudi 05 février 2026
au vendredi 06 février 2026
Horaires
  • le 5 février : 14h-18h30
  • le 6 février : 9h-13h  
Intervenant(s)
  • Philippe Bourdin, PR, Université Clermont Auvergne, UPR 1001 / UCA, Centre d’histoire Espaces et Cultures
  • Laurent Brassart, MCF, Université de Lille, Institut de Recherches historiques du Septentrion, UMR 8529
  • Paul Chopelin, PR, Université Jean Moulin Lyon 3, LARHRA UMR 5190.
  • Olivier Ferret,PR Université Lumière Lyon 2, IHRIM UMR 5317
  • Stéphanie Genand, PR, Université Paris-Est Créteil, LIS, UR 4395
  • Boris Gobille, MCF, ENS de Lyon, Triangle, UMR 5206
  • Talitha Ilacqua, PhD, Durham University, CDF Modern European History in the Department of History
  • Florence Lotterie, PR, Université Paris Cité, UPR 441 CERILAC
  • Solenn Mabo, MCF, Université de Rennes 2, TEMPORA, UR
  • Lucie Nizard, professeure assistante, Université de Genève, Département de langue et de littérature françaises modernes
  • Karine Rance, PR, Université Clermont Auvergne, UPR 1001 / UCA, Centre d’histoire Espaces et Cultures
  • Bettina Severin-Barboutie, PR, Université Clermont Auvergne, UPR 1001 / UCA, Centre d’histoire Espaces et Cultures
  • Côme Simien, MCF, Université Paris 1, IHMC, UMR 8066
  • Anne Verjus, DR CNRS, Triangle UMR 5206
Langue(s) des interventions
Description générale

Les mémoires d’Alexandrine des Écherolles ont bénéficié, peu après leur première édition en 1843, de quelques lignes qui n’évoquent que très partiellement le texte, écrites par Lamartine dans son Histoire des Girondins (1847). Après leur réédition posthume, en 1879, sous un nouveau titre (Une famille noble sous la Terreur) fabriqué, dans le contexte du temps, pour des raisons idéologiques, Taine les a aussi brièvement mentionnés dans le tome consacré à la Révolution des Origines de la France contemporaine (1885).

Par la suite, on ne peut que constater la désuétude dans laquelle ce texte est tombé : occulté par les études littéraires – quoiqu’il corresponde en tous points aux critères définissant le corpus, il n’est, par exemple, pas pris en compte dans la synthèse proposée par Henri Rossi sur les Mémoires aristocratiques féminins, 1789-1848 (Paris, H. Champion, 1998) –, il n’a pas véritablement été pris au sérieux par les études d’histoire qui, sans doute en partie tributaires du discours de son préfacier, en 1879, considèrent, lorsqu’il est mentionné, qu’il relève de mémoires familiaux qui n’ont guère de portée que personnelle.

On constate cependant qu’une tentative récente a cherché à remettre à la disposition des lecteurs et lectrices ce texte méconnu : en 2020, dans la collection « Le Temps retrouvé » du Mercure de France, est parue une édition qui ne comporte qu’une courte « Préface » et une annotation très sommaire mais qui, comme son titre l’indique (Une famille noble sous la Terreur, éd. Sandrine Fillippetti), donne à lire la version de 1879, produite par un descendant de protagonistes du récit, René de Lespinasse, lequel s’est ré-approprié le texte d’Alexandrine des Écherolles, morte en 1850. 

Afin de rendre à nouveau lisible la seconde et dernière édition revue par l’autrice elle-même, en 1845, il a été nécessaire d’effectuer en amont un important travail d’édition critique et commentée, qui, tout comme la première édition (1843), porte le titre, politiquement plus neutre, de Quelques années de ma vie : l’édition de ce texte, assortie des variantes de l’édition de 1879 et d’une annotation abondante, ainsi qu’une première version d’un dossier critique ont été mises en ligne sur le site DAMES·DE·FER. 

Ces journées d’étude ont pour objectif, en réunissant des spécialistes de divers champs disciplinaires, de re-considérer ce texte et d’en mesurer les intérêts tant historiques que littéraires. L’examen sera orienté dans plusieurs directions :

1. Quels sont les enjeux historiographiques de ces mémoires, en grande partie consacrés à l’histoire du siège de Lyon et à ses suites, compte tenu d’un triple effet de point de vue : le récit est pris en charge par une narratrice consciente de son origine noble, qui se présente comme une fervente catholique et qui, lorsqu’elle a été témoin des événements, était une très jeune fille (elle n’a que 13 ans en 1792, date du début du récit).

Il s’agira d’apprécier la grille de lecture des événements qui, quoique la narratrice-personnage prétende ne pas disposer de – et ne pas vouloir entrer dans – l’intelligence politique des causes, restent néanmoins, en raison même des effets de point de vue signalés, située.

2. Qu’en est-il de la singularité et de la pertinence de l’interprétation, construite par ce récit, des événements lyonnais (et, par la suite, parisiens), au vu de leurs éventuelles divergences avec d’autres récits de ces événements ?

Notre hypothèse est qu’il s’agit de l’un des tout premiers récits de l’épisode révolutionnaire à Lyon : quoique la première édition ne paraisse qu’en 1843, l’autrice, qui signale toutefois, dans la « Préface », que « la plus grande partie » de « ces feuilles » « est écrite depuis de longues années », n’a semble-t-il pas complété les lacunes éventuelles de sa mémoire en mettant à contribution des récits publiés auparavant, à commencer par les Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution de l’abbé Guillon de Montléon (Paris, Baudoin Frères, 1824, 3 vol.), qu’elle connaît puisqu’elle en cite quelques extraits dans l’une des « Notes et pièces justificatives » qui se trouvent à la fin de chacun des tomes de ses propres mémoires, mais dont elle n’adopte pas la grille de lecture politique globale. On pourra en particulier réfléchir au récit singulier que propose l’autrice des massacres de Pierre Scize le 9 septembre 1792 et, pendant le siège, à la mise en cause spécifique des canuts qui seraient une composante, dans les « murs » mêmes de la ville, du « parti » de la Convention et auraient été une force agissante œuvrant en faveur de l’armée des assiégeants.

3. On s’interrogera, plus spécifiquement, sur certaines questions abordées de manière récurrente dans le récit : le « protagonisme » d’une jeune fille ; le rapport à l’enfance ; l’agentivité des femmes célibataires ; les réseaux de parenté ; le rapport à la domesticité ; les liens entre ville et campagne au sein de ce que l’on désigne, de nos jours, comme un tissu rurbain ; la pertinence de la catégorie de la « fanatique » catholique ; le discours sur l’émigration et les émigrés ; la folie des femmes, saisie au moment de l’essor de l’aliénisme en France.

4. Dans une perspective d’histoire littéraire, comment se situent ces mémoires dans l’abondante production de textes, génériquement proches, publiés dans les premières décennies du XIXe siècle ?

Le récit ressortissant des principes, fondés sur la rétrospection, qui régissent l’écriture des mémoires, est-il possible d’identifier des modèles antérieurs, en particulier dans les années 1810-1820, de mémoires, notamment féminins, écrits dans une perspective contre-révolutionnaire, que l’autrice aurait pu lire et qui permettraient d’inscrire son texte dans une série ? Par ailleurs, le texte étant sans doute élaboré au moment où Alexandrine des Écherolles est devenue gouvernante des enfants de la duchesse de Wurtemberg, peut-on inscrire ce récit au sein de réseaux littéraires franco-allemands ?

5. Dans l’optique des études sur le genre, quels enjeux sous-tendent de tels « mémoires féminins » ?

Notre hypothèse est que cette optique féminine se manifeste moins en termes d’écriture que de point de vue : celui d’une très jeune fille témoin d’événements dans lesquels elle se montre attentive et sensible à la situation et aux rôles des femmes et des enfants – forcément omniprésents dans l’espace privé mais aussi public –, alors qu’une historiographie exclusivement masculine ne les a que très rarement observés et évoqués dans la relation des mêmes événements.

Ces journées d’étude seront aussi l’occasion de réfléchir à la manière dont les différentes contributions peuvent enrichir le dossier critique de cette édition, tant au niveau des éléments de contextualisation déjà proposés qu’au niveau du commentaire, en cours d’élaboration, du texte édité.

Gratuit

Réservé à

  • Chercheurs / Enseignants
  • Etudiants
  • Anne Verjus, courriel : Anne.verjus [at] cnrs.fr 
  • Olivier Ferret, courriel : Olivier.ferret [at] univ-lyon2.fr

Mots clés