Mme Raphaëlle SEGOND, du laboratoire EVS, sous la direction de Mme Emmanuelle BOULINEAU
Résumé de la thèse
La thèse porte sur les interactions entre les processus de marchandisation des eaux domestiques et les inégalités socio-spatiales en Bulgarie qui est à la fois une périphérie de l'Union européenne et l'un des pays les plus inégalitaires en son sein. Croisant les études infrastructurelles sur la libéralisation des services en réseau, l'écologie politique de l'eau et la géographie critique du développement inégal, elle analyse les processus multiples de marchandisation pour plusieurs eaux publiques ou communautaires - l'eau potable du réseau et l'eau des sources et des fontaines gratuites – ainsi que leurs conséquences sociales. Elle montre ainsi l'importance, négligée en Europe, des usages hors-réseau dans les pratiques domestiques.
La thèse analyse comment les processus globaux de marchandisation se déploient de manière spécifique en Bulgarie, en les inscrivant dans le temps long, depuis la fin de l'Empire ottoman. Elle montre que les tensions qu'ils suscitent sont liées à des relations socio-culturelles historiques à l'eau comme « don » dans les Balkans et à l'affirmation moderniste d'un universalisme des réseaux sous le socialisme.
La période post-socialiste est caractérisée par le retrait financier de l'État des services d'eau et leur dégradation, en dépit des fonds européens. Malgré l'accès généralisé au réseau, de nouvelles formes de précarité en eau alimentent, à toutes les échelles, des inégalités hydro-sociales et des dynamiques de polarisation-périphérisation. Ces inégalités restent limitées par le maintien d'un droit à l'eau potable et par la régulation des prix. En revanche, en certains lieux, on assiste à une hyper-marchandisation de l'eau des sources et fontaines, suscitant dépossessions et résistances.
Gratuit
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