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Phusis et tekhnê : Gilbert Simondon et la transduction de la philosophie ancienne

Description générale

Résume de la thèse

Cette thèse porte sur les relations métaphysiques, épistémologiques et culturelles entre nature et technique, qu’elle interroge depuis la réception de la pensée grecque par Gilbert Simondon. La nature est une invention grecque, selon la thèse défendue en 1989 par l’historien Geoffrey Lloyd. Or, reconnaître un tel héritage requiert d’abord de considérer la pluralité des sens de « phúsis », ainsi que la diversité des ontologies que ce terme rend possibles. Recommençant à nouveaux frais le geste d'Aristote dans la Physique et la Métaphysique, Simondon réhabilite Homère, les présocratiques et Platon pour faire signe vers une théorie de l'être comme genèse, dans laquelle l’individu devient objet de connaissance et où le partage entre nature et technique se redessine. Dans cette ontologie processuelle et analogique proposée en alternative au schème hylémorphique, éclairée aussi bien par les sciences contemporaines que par les notions anciennes d'apeiron, de dyade indéfinie et de symbola, « phúsis » devient le nom d’un processus qui s’étend de la matière à la vie, jusqu’à la culture et aux objets techniques. Cette « philosophie première », réhabilitant la métaphysique sous la forme d'une « ontologie précritique », suppose la mise en œuvre d’une épistémologie en apparence primitive, réhabilitant des schèmes et des méthodes archaïques – à savoir, la polarité et l’analogie – tout en promouvant la tekhnè comme matière à réflexion et source de paradigmes. La lecture simondonienne des Anciens dessine alors les contours d’un autre naturalisme, proche, en vérité, de ce que Philippe Descola décrit sous le nom d’analogisme. Étudier Simondon à la lumière du couple phúsis-tekhnè répond alors à un triple enjeu : repenser les notions de nature et de technique, renouveler le dialogue entre philosophie ancienne et contemporaine, et retracer la genèse d’une œuvre devenue classique à partir de sa pratique originale – transductive – de la réception philosophique.


This doctoral thesis explores the metaphysical, epistemological, and cultural relations between nature and technique, examined through the reception of Greek thought in the work of Gilbert Simondon. Nature, as the historian Geoffrey Lloyd argued in 1989, is a Greek invention. Claiming such a legacy first requires acknowledging the plurality of meanings attached to “phúsis”, as well as the diversity of ontologies that this term makes possible. Reengaging Aristotle's gesture in the Physics and the Metaphysics, Simondon rehabilitates Homer, the Presocratics, and Plato to develop a theory of being as genesis, in which the individual becomes a legitimate object of knowledge and the division between nature and technique is reconfigured. In this processual and analogical ontology, proposed as an alternative to the hylomorphic schema and informed by both contemporary science and ancient notions such as the apeiron, the indefinite dyad, and the symbola, “phúsis” becomes the name for a process that extends from matter to life, and from life to culture and technical objects. This “first philosophy”, rehabilitating metaphysics in the form of a “pre-critical ontology”, entails the development of a “primitive” epistemology, one that rehabilitates archaic schemata and methods—namely, polarity and analogy—while also promoting tekhnè as a source of reflection and of paradigms. Simondon’s reception of the Ancients thus outlines the contours of a different kind of naturalism, in fact close to what Philippe Descola describes as analogism. Studying Simondon in light of the phúsis–tekhnè pair therefore addresses three key issues: rethinking the notions of nature and technique, renewing the dialogue between ancient and contemporary philosophy, and retracing the genesis of a now-canonical body of work through its original, transductive, mode of philosophical reception.

Gratuit

Mots clés

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