Le tyran et la tyrannie hantent l'imaginaire politique médiéval. Tout au long du Moyen Âge, théologiens, juristes ou philosophes ont réfléchi sur les vicissitudes du pouvoir, sur les limites et les formes de l’autorité et sur le passage d’un gouvernement juste à la tyrannie. Ainsi, au fil des siècles, au gré des évolutions politiques générales, la réflexion sur l’usage et l’abus du pouvoir prit des formes très diverses. La figure du tyran devint de plus en plus une figure repoussoir, incarnation de l’arbitraire, de la cruauté ou de la satisfaction des intérêts privés au détriment de l’intérêt général. Cette dégénérescence du pouvoir posait par ailleurs de nombreuses questions aux penseurs médiévaux : comment réagir face à la présence d’un gouvernant injuste ? Faut-il résister et prendre les armes ou au contraire accepter son sort et obéir ? Tuer le tyran est-il une voie possible, souhaitable voire légitime ?
Croisant histoire politique, histoire des idées, histoire du droit ou encore histoire culturelle, ce séminaire sera donc l’occasion de revenir sur ces questionnements et sur les différentes facettes de cette histoire de la tyrannie médiévale, en abordant de manière complémentaires les discours qui théorisent la distinction entre gouvernant juste et tyran (traités, miroirs des princes, sermons et chroniques, etc.), les pratiques, qui permettent d’observer cette tyrannie en actes en quelque sorte (mobilisation de l’accusation de tyrannie portée contre des souverains ou seigneurs, révoltes et tyrannicide, etc.), et enfin ses multiples représentations (iconographiques, littéraires, symboliques).