Ce séminaire étudie l’articulation entre la dimension particulière, individuelle, privée de la lecture de textes littéraires et son caractère collectif et public dans les pratiques de réception contemporaines.
Notre imaginaire occidental contemporain, dominé par une approche de la lecture comme une activité solitaire, est le fruit d’une évolution qui ne recouvre pas tout l’histoire de la lecture ni même l’intégralité des pratiques actuelles. Les recherches contemporaines montrent qu’elles s’inscrivent dans divers contextes d’expériences collectives, avec des traits de sociabilité propres à la lecture et d’autres non.
Nous observerons donc la dynamique de plusieurs « communautés lectoriales » (Roger Chartier) et « communautés interprétatives » (Stanley Fish) dans des « événements de lecture » (Gérard Langlade) récents : « marathon » de lectures publiques, atelier collectif d’écriture créative, lancement mondialisé d’un roman, d’un manga… Ces études en réception mobiliseront les outils de la sociocritique, de la sociologie du goût, des fan studies, de l’analyse des discours numériques, entre autres.
La seconde partie du séminaire aura une dimension plus didactique. Elle se concentrera, avec ces mêmes outils critiques, sur l’enseignement de la lecture littéraire dans le cadre scolaire en France et en Europe, à partir d’études de cas et de documents authentiques (copies d’élèves, consignes d’enseignant.e.s, programmes officiels, enquêtes auprès d’enseignant.e.s) : quelles approches favorisent la sociabilité autour des textes littéraires en classe ? Sont-elles compatibles avec les évaluations en vigueur en France (commentaire composé, dissertation) ? Quelles questions épistémologiques, quels choix pratiques se présentent aux enseignant.e.s, quand il s'agit d'expliquer, d'interpréter les textes littéraires avec les élèves et d'en débattre avec eux.elles ? Un accent sera mis sur la question des violences sexistes et sexuelles dans la réception de la littérature en classe de français.