Outils

SOC-4104 : Dimension sensible du social, dimension sociale du sensible

"the sensory dimensions of social experience, the social dimensions of sensory experience"

Responsable(s) :
  • Christine Detrez

Niveau

M1+M2

Discipline

Sociologie

ECTS
4.00
Période
1e semestre
Localisation
Site Descartes
Année
2026
Langue d'enseignement
Français

Public externe (ouverts aux auditeurs de cours)

Informations générales sur le cours : SOC-4104

Content objectif

Ce séminaire sera consacré à la place de l’intime et du sensible en sciences sociales, et plus particulièrement en sociologie. Par intime, on entend à la fois un objet (les émotions, l’autoanalyse, les histoires familiales,…), des matériaux (les archives « ordinaires », les correspondances, les journaux intimes…) mais aussi les interrogations épistémologiques qui en découlent (comment écrire, comment enquêter, qu’en faire et comment faire ? ). Les séances ambitionnent d’articuler dimensions théoriques et épistémologiques avec des exemples concrets d’enquêtes menées.

Le déroulement se pense en trois moments.

Le premier temps est consacré à une mise en perspective de ce qu’on pourrait appeler un « grand partage ». Il s’agira de revenir sur les raisons institutionnelles du partage entre sciences et lettres, et de la place accordée à la « troisième culture ». Que s’est-il joué dans cette séparation entre trois pôles, les sciences « exactes », la littérature, les sciences humaines et sociales ? Le but est alors d’en mesurer les héritages et implications, en termes de légitimité d’objets, de légitimité de posture, et de légitimité de façon d’écrire, notamment à la lumière des acquis de l’épistémologie des points de vue situés. 

Un deuxième temps se consacrera davantage aux objets que peut englober cette notion d’intime : les émotions, par exemples, sont-elles les filles oubliées, cachées, méprisées des sciences sociales ? Quels sont les calendriers et les moments saillants de leurs « re » découvertes en histoire, en anthropologie et en sociologie ? Quelles sont les croisements possibles avec les sociologies du genre et, en général, les sociologies critiques des dominations ? Mais il s’agira aussi montrer comment une approche par les émotions permet de réfléchir à la place du chercheur ou de la chercheuse, du choix de l’objet au processus d’écriture, sans oublier, bien évidemment, la présence sur le terrain.

Avec les apports conceptuels de ces premiers moments, nous pourrons aborder un autre pan relevant de ces dimensions sociales du sensible, que l’on pourrait rassembler sous le terme de « l’ordinaire » : quel est l’enjeu de se pencher sur les pratiques ordinaires des gens ordinaires, sur les sources ordinaires des gens ordinaires (photos, lettres, etc.). Comment dépasser la tentation de l’anecdotique ou au contraire l’impression du vide, et tisser individuel et collectif ? Comment fait-on d’un objet une archive ? Le questionnement englobera également les enquêtes sur sa propre famille : peut-on, en sociologue, travailler sur du si proche ? Nous envisagerons toute une série de productions récentes, en histoire et plus récemment en sociologie, qui investiguent cette question. Je m’attarderai plus spécifiquement sur une enquête que j’ai menée sur un secret de famille, et sur les diverses tentatives d’écriture qu’il a suscitées. Cela nous permettra de clore ce cycle avec la question de l’écriture : quelles « libertés » peut-on se permettre dans l’écriture en sciences sociales ? Quelles sont les enjeux, éthiques, politiques, de réfléchir à de nouvelles formes ? Nous mettrons cela en application avec un exercice d’écriture qui sera demandé à chacun et chacune des participant.es.