Actualité de l'ENS de Lyon

Analyse des Pratiques d'improvisation musicale

Structure de la Chambre Anéchoïque
Actualité
Résumé

Retour sur la Grande conférence de rentrée 2018-2019 du mercredi 5 septembre 2018 à l'amphithéâtre Mérieux de l'ENS de Lyon.

Clément Canonne, ancien élève de l'ENS de Lyon, interviewé par Barbara Vassener, responsable Vie étudiante et Partenariats-Formation.

Description

Clément Canonne

 

Clément CanonneNé en 1980, Clément Canonne est actuellement chargé de recherche CNRS au sein de l'équipe "Analyse des Pratiques Musicales" à l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam).

Ancien élève de l’ENS de Lyon (autrefois ENS LSH) promotion 2002, Clément Canonne entre à l’école pour étudier la philosophie mais en sort quelques années plus tard avec une agrégation de musique…

Comment et pourquoi est-il passé de la philosophie à la musique ? C’est ce parcours atypique que Clément Canonne est venu présenter aux nouveaux arrivants à l’occasion de la grande conférence de rentrée, en présence du président de l’ENS de Lyon, Jean-François Pinton.

Clément Canonne et Barbara VassenerS’il est vrai que les places à l’agrégation de philosophie étaient rares à l’époque, c’est avant tout sa passion pour la musique qui le pousse à tenter le concours au Conservatoire national supérieur musique et danse de Lyon (CNSMD) où il devient l'élève de Géry Moutier, actuellement directeur dudit conservatoire.

Il soutient par la suite une thèse – L'improvisation collective libre : de l'exigence de coordination à la recherche de points focaux : Cadre théorique. Analyses. Expérimentations – sous la direction de Béatrice Ramaut-Chevassus et de Sacha Bourgeois-Gironde.

Ce travail de recherche consiste à transposer la théorie des jeux de coordination au processus d'improvisation des musiciens.

 

L'Ircam


L’institut où travaille actuellement Clément Canonne a été créé par Pierre Boulez en 1969. Il s’agissait de créer un lieu qui permettrait d’initier une collaboration étroite entre chercheurs et musiciens, et de mettre la recherche au service des compositeurs. Une idée totalement novatrice : un laboratoire dans un lieu de création culturelle.

De nombreuses questions exprimées par les compositeurs ont ainsi pu trouver des réponses et des solutions concrètes grâce aux chercheurs : Comment synthétiser des sons ? Comment traiter le son en temps réel ?

Actuellement la relation s'est inversée et ce sont les chercheurs qui provoquent les questionnements et les envies des musiciens. L’ircam est désormais un laboratoire interdisciplinaire où sont représentées des disciplines aussi diverses que les neurosciences, l’anthropologie, la psychologie cognitive ou le traitement du signal mais qui toutes s'intéressent à la musique et au son et tentent donc de répondre potentiellement une même série de questions.

Travaux de recherche

La recherche de Clément Canonne se concentre autour de l’analyse des pratiques d'improvisation musicale et s’articule en trois axes de recherche :

  • Philosophie de la musique – Tentative de clarification conceptuelle avec des questions telles que : Quelle est la relation de l’improvisation par rapport à la composition ? Quelle est la relation de l’improvisation par rapport à enregistrement ?
  • Psychologie cognitive – Comment font les musiciens pour ce coordonner lors d'une improvisation ? Quels sont les modes implicites de communication ?
  • Ethnographie – Enquêtes de terrain auprès de musiciens pour voir comment ils travaillent et comment ils répètent. Étude de la lutherie des improvisateurs qui créent très souvent leur propre instrument.

Une vidéo d’une expérience menée en laboratoire a été projetée au cours de la conférence. Dans ce court film, l’on voit des musiciens en cabines séparées. Chaque musicien a la charge d'exprimer une attitude (dominateur, insolent, dédaigneux, attentionné ou conciliant). Un autre musicien doit y répondre.

Le résultat de l’expérience montre que les musiciens parviennent parfaitement à reconnaître lesdites attitudes, mais elle montre également que des auditeurs extérieurs y parviennent aussi.

Cela prouve qu’il y a une capacité générale à inférer – à partir d'interactions non verbales, non discursives – un contenu social.

Anecdote

Affiche de Madhura SopnamEn 2002, il y avait beaucoup moins d’élèves qu’aujourd’hui. Chaque élève avait un rendez-vous individuel avec directeur de l’ENS de Lyon (anciennement ENS LSH). Clément Canonne, interrogé sur son état d’esprit, sur ses projets, sur son proche avenir, s’était plaint de ne pas avoir de cours de culture scientifique... la semaine suivante, il avait un cours de maths.

Un bel exemple de réactivité que Clément Canonne a voulu souligner en ajoutant qu’il avait toujours été encouragé dans les divers projets qu’il avait développés au sein de l’école.

Il a ainsi cité le projet Madhura Sopnam qui a permis la rencontre entre cinq grands artistes originaires du Kerala en Inde (musiciens carnatiques et de Kathakali) et les Emeudroïdes, groupe de free jazz dont Clément Canonne faisait partie.

Le groupe les Emeudroïdes a d'ailleurs été crée à la demande de l’association ENScène qui cherchait des musiciens pour une pièce d’Harold Pinter.

3 mots pour définir l’ENS de Lyon

  • Indépendance financière
  • Liberté
  • Stimulation intellectuelle

Clément Canonne a terminé sa conférence en répondant à une multitude de questions d'étudiants, toutes disciplines confondues.

 

Promotion 2002 ENS-LSH
Photographie de la promotion 2002 dont faisait partie Clément Canonne.
Mots clés