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LET-4206 : Femmes et groupes littéraires (19e-20e s).

Women and Literary Groups (19th-20th Centuries).

Enseignant(s) :
  • Camille Islert

Niveau

M1+M2

Discipline

Lettres modernes

ECTS
5.00
Période
2e semestre
Localisation
Site Descartes
Année
2025
Langue d'enseignement
Français

Public externe (ouverts aux auditeurs de cours)

Informations générales sur le cours : LET-4206

Content objectif

Dans l’introduction du volume de la revue COnTEXTES dédié à la fonction-groupe, Guillaume Bridet et Laurence Giavarini défendent la possibilité d’étendre les considérations de Michel Foucault sur la « fonction-auteur » à l’échelle des groupes littéraires (2021). Ils rappellent à cette occasion que les groupes, qu’ils se présentent en mouvement, école, génération, raison, espace, pratique (supposée) d’un genre, qu’ils soient auto-désignés ou constitués après coup, sont englobés jusqu’à une période récente dans l’ « archi-groupe » de la « littérature française », lui-même largement fantasmé.

La mise en lumière de ce triple phénomène d’échelle (auteur – groupe – nation) permet en partie de comprendre l’exclusion répétée des femmes hors des groupes littéraires, au moment même où la classification devenait primordiale pour l’institutionnalisation de l’historiographie littéraire (Dubois, 1978). Le XIXe – surtout dans sa deuxième moitié – n’a de cesse, en effet, de répéter que « la femme auteur », chez laquelle « auteur » n’est qu’en position d’adjectif, est un individu isolé dont la production n’a que peu en commun avec la littérature générale – tout à la fois nationale et masculine – bien qu’elle lui soit souvent tributaire (Planté, 2015 [1989]). Son statut n’est précisément pas celui de l’ « auteur » tout court, puisqu’elle existerait hors, ou à côté des mouvements qui structurent la littérature. Si cette remarque supporte des exceptions, l’inclusion des femmes dans les considérations sur les groupes se fait presque toujours au prix d’une différenciation : pensons notamment aux étiquettes commodes de « reine » ou de « muse », dont le travers est de placer les femmes auteurs ainsi louangées en double position d’exception et d’exclusion.

Pour autant, les femmes nous apparaissent presque toujours groupées dans les discours critiques – du XIXe siècle, mais aussi au XXe et jusqu’à aujourd’hui –, rassemblées notamment sous l’étiquette à double tranchant de « littérature féminine » : le « sexe social » devient « catégorie littéraire », tantôt « sous-ensemble », tantôt « exogroupe », pour reprendre les mots d’Audrey Lasserre (2009 : 52).

Après un retour sur cette « fonction-groupe » et ses effets dans l’histoire littéraire, ce cours proposera d’analyser le hiatus entre la marginalisation des femmes hors du phénomène des groupes littéraires et leur présentation pourtant résolument groupée : par quels arguments la mise en commun est-elle escortée dans les ouvrages critiques et anthologies ? Dans un second temps, et dans une perspective historiographique contemporaine, on interrogera la possibilité – et la tentation – de considérer aujourd’hui des groupes littéraires de femmes, de même que les groupes avec les femmes.