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Partenariat ENS de Lyon / Solvay : de la chimie aux sciences humaines

Publié le : 9 juillet 2015
Interview croisée
Romain Garcier EVS, Fanny Verrax EVS ENS Lyon En 2014, Solvay et l’ENS de Lyon se sont associés dans un programme de recherche inédit au croisement de la chimie, des procédés et des sciences humaines. Pour faire un premier bilan de cette coopération, nous vous proposons une interview croisée entre Olivier Larcher (Global Research Unit Special Chem R&D chez Solvay) et Fanny Verrax, chercheuse en post-doctorat au laboratoire Environnement, Ville et Société, à l'ENS de Lyon. Sur la photo : Romain Garcier et Fanny Verrax. 
 

Pourquoi ce partenariat ?

Olivier Larcher : Solvay et l’ENS collaborent depuis longtemps au travers de multiples sujets portant sur les sciences « dures » comme la Chimie et la Physique. Ces échanges fructueux permettent à Solvay de maintenir vivace un contact étroit avec le tissu académique et plus particulièrement avec des scientifiques de haut niveau dans les domaines d’intérêt de Solvay. Ce type de collaboration est très enrichissant pour Solvay à plusieurs titres :
  • Accès à un niveau de réflexion plus fondamental, complémentaire de recherches plus court terme menées en interne. On complète aussi nos connaissances dans nos domaines d’excellence actuels, ce qui permet en retour une meilleure pertinence des recherches moyen et long terme.
  • Accès à des techniques et compétences de caractérisation et de synthèse originales à la pointe de la recherche actuelle.
  • Identification de jeunes talents pouvant participer à la croissance de Solvay.
Le choix d’étendre notre collaboration aux sciences humaines et sociales a été l’occasion d’initier une réflexion portant sur l’apport potentiel de ces disciplines pour Solvay. Il est apparu que parmi les obstacles au développement de nouvelles technologies, certains ne reposent pas sur des ressorts purement techniques, mais dépendent de facteurs environnementaux et sociétaux. A ce titre, le département des Sciences Sociales de l’ENS pouvait apporter un éclairage précieux pour Solvay et la communauté en général.
 
Fanny Verrax : Ce partenariat représentait également une opportunité formidable pour nous, dans la mesure où il est parfois difficile aux chercheurs en sciences humaines et sociales d’avoir un accès de première main aux problématiques qui se posent aux industriels. Rappelons la dimension pionnière de ce partenariat à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, entre un groupe industriel et un laboratoire de sciences humaines et sociales. Il a été rendu possible notamment par un travail fin d’identification des enjeux en amont du post-doctorat, via des entretiens réalisés par Romain Garcier avec différents interlocuteurs chez Solvay. Un des enjeux majeurs qui est apparu a alors été le recyclage des terres rares. 

Qu’est-ce que les terres rares ?
OL : Il s’agit d’un groupe de 15 éléments chimiques parmi les plus récemment découverts dans l’histoire de la chimie moderne. Elles n’ont été isolées et séparées que dans le courant du 20ème siècle, en raison des difficultés importantes que représente leur séparation. Leurs propriétés chimiques très similaires les rendent en effet difficile à séparer les unes des autres, d’où une identification impossible en tant qu’éléments chimiques individuels. Cette uniformité de comportement chimique cache en revanche une très grande variété de propriétés physiques uniques parmi tous les éléments connus jusqu’alors, en raison de différences subtiles du nombre et de l’organisation des électrons autour des noyaux atomiques de ces éléments. Ces propriétés physiques si particulières placent les terres rares au cœur de nombreuses technologies clés de notre monde moderne. Sans terres rares, pas de miniaturisation possible des composants électroniques de nos ordinateurs, téléphones portables, systèmes de commande divers. Sans terres rares, pas d’aimants permanents de forte puissance autorisant le développement des disques durs, éoliennes, moteurs à fort rendement énergétiques. Sans terres rares, des pots catalytiques pour automobiles beaucoup plus couteux et moins efficaces. On pourrait multiplier les exemples dans de nombreux domaines comme le médical, l’électronique, l’éclairage etc…Depuis plusieurs dizaines d’années, Solvay est leader mondial dans la production et le développement de composés à base de terres rares. A ce titre, Solvay a dû faire face en 2010 à la raréfaction de la ressource liée à une spéculation importante et à la mainmise quasi-totale de la Chine sur les exportations de matières premières sources de terres rares. Le recyclage des objets contenant des terres rares s’est imposé comme un moyen de compléter nos approvisionnements, tout en participant activement à l’établissement d’une économie circulaire plus vertueuse en termes de respect de l’environnement.
 
FV : Tout à fait. De par leurs propriétés magnétiques exemplaires, on peut dire des terres rares qu’elles sont des éléments essentiels à notre modernité : pas d’économie 2.0 sans terres rares, ni d’économie verte. En même temps, leur approvisionnement dépend fortement d’un acteur économique, la Chine, dont le comportement est vu comme fortement imprévisible par les autres acteurs. C’est cette double caractéristique -  une demande en plein essor dépendant d’une offre incertaine – qui m’a dans un premier temps décidée à prendre les terres rares comme étude de cas principale de ma thèse, en me concentrant sur leurs enjeux géopolitiques et éthiques. Le post-doctorat avec Solvay a été ensuite l’opportunité d’approfondir cette étude de cas à partir de la problématique du recyclage qui présente donc un double avantage : d’une part économique d’alléger la pression sur une ressource critique et de sécuriser les approvisionnements, d’autre part environnemental en privilégiant l’exploitation de ce que l’on appelle les « mines urbaines » : tout ce qui se trouve dans nos tiroirs plutôt que sous la terre.
 
Quels sont les obstacles non-techniques à leur recyclage ?

OL : Ils sont nombreux : les efforts à consentir pour diriger les produits hors d’usage vers les lieux de collecte appropriés, l’acceptation des produits recyclés, la relative absence de législation favorisant les sources secondaires de matières premières comme le recyclage, les réticences à accepter l’implantation d’installation industrielles à proximité de chez soi (le syndrome du « not in my backyard »), la méconnaissance de l’existence de filière de recyclage…
 
FV : Oui, les obstacles non-techniques sont nombreux et participent de narratifs très différents. L’enquête que nous avons menée auprès des fabricants de moteurs de pompes en France a montré par exemple qu’un élément majeur à prendre en compte était l’absence de sentiment de responsabilité vis-à-vis d’objets dont la responsabilité était partagée entre une multitude d’acteurs, à la fois dans le temps et dans l’espace. En clair aujourd’hui l’industriel qui commercialise un produit dont il n’a pas supervisé le processus de fabrication, et qui appartient ensuite à un client qui ne manifeste pas d’intérêt particulier pour la question de la fin de vie de ce produit, n’a que peu d’incitations à mettre en place un processus de récupération et recyclage de ce produit. Et cela, alors qu’il existe des enjeux plus globaux, à la fois de tension économique sur une ressource critique et de préservation de l’environnement qui rendent désirable le recyclage de ce produit.
 
Que retenez-vous de ce partenariat ?
 
OL : Tout d’abord l’intense curiosité de nos interlocuteurs à l’ENS, Romain Garcier et Fanny Verrax, vis-à-vis de notre activité, des terres rares et en particulier de la thématique du recyclage. Ensuite la grande qualité des échanges, l’extrême capacité d’écoute de Romain et Fanny. Ils ont su adapter avec talent leurs travaux à notre problématique afin de délivrer les réponses les plus pertinentes possibles. Les obstacles non techniques au recyclage dépassent largement le cadre des terres rares, et c’est probablement là une conclusion essentielle de ce partenariat, c’est pourquoi je pense que les SHS peuvent continuer à apporter un éclairage particulier à Solvay. Enfin, ce partenariat aide à toucher du doigt de façon très concrète combien les facteurs humains peuvent influencer la réussite de projets industriels, au-delà des défis techniques qui nous sont plus faciles à identifier.
 
FV : Je retourne le compliment à Olivier Larcher et à tous les interlocuteurs que nous avons pu avoir au sein de la Business Unit Terres Rares : curiosité et ouverture d’esprit ont été les maîtres mots de ce partenariat. D’un point de vue pratique ensuite, nous avons eu la chance d’avoir accès à certaines données ainsi qu’aux installations industrielles de Solvay, ce qui nous a permis d’avoir une vision plus concrète du recyclage des terres rares. Le partenariat a été l’occasion d’avoir un aperçu des activités d’un grand groupe industriel, avec par exemple l’invitation au Solvay Lab qui s’est tenu en novembre 2013 à Lyon pour les 150 ans du groupe Solvay. Les échanges et la disponibilité d’Olivier Larcher ne se sont en outre pas arrêtés avec la fin du post-doctorat puisqu’il a par exemple eu l’extrême amabilité de relire un chapitre que j’ai écrit sur le recyclage des terres rares (à paraître chez Palgrave Mc Millan, 2015) et d’y apporter toute sa compétence d’homme de terrain. Enfin, j’irais même plus loin en affirmant que si les enjeux non-techniques au recyclage dépassent clairement la question des terres rares, cela est sans doute également vrai de beaucoup de problématiques industrielles et technologiques, comme le montre depuis quelques décennies le champ des Science and Technology Studies, qui a beaucoup à gagner de partenariats avec le monde industriel comme celui-ci.
 

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Pourquoi les SHS pour étudier le recyclage des terres rares ?
OL : La mise en place d’une économie circulaire pose de nombreux défis techniques pour la mise au point de procédés d’extraction et de purification efficaces et économiquement rentables. Elle suppose aussi la mise en place de filières de collecte, ce qui induit un changement profond des habitudes de consommation des particuliers et une prise de conscience pour les industriels que leurs machines usagées peuvent constituer une source de revenus et non une charge. La mise en place de législations favorisant le recyclage des produits usagés suppose également la prise en compte de l’importance que peut prendre l’économie circulaire. Enfin, l’acceptation par le grand public ou les industriels de produits issus de filière de recyclage ne va pas de soi. Autant de facteurs qui peuvent bénéficier de l’apport des SHS pour en comprendre les ressorts. 

FV : En effet, une approche interdisciplinaire convoquant les sciences humaines et sociales permet de prendre en compte différentes perspectives, notamment règlementaires, géographiques, sociales, économiques, éthiques et anthropologiques. L’encadrement du post-doctorat par Romain Garcier, géographe  spécialiste des questions de matérialité et de flux de ressources, a été en ce sens particulièrement fructueux. Les entretiens que nous avons menés avec divers acteurs - industriels, recycleurs, politiques – ont ainsi permis d’expliciter les croyances et les objectifs de chacun et de mettre en lumière ce que l’on pourrait appeler les obstacles non-techniques au recyclage des terres rares.
 
 
Mise à jour le 16 juillet 2015
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