Actualité de l'ENS de Lyon

Rencontre avec l'équipe du MOOC #archinfo

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À quelques jours du lancement du 1er MOOC francophone sur l'architecture de l'information, Benoit Habert et Jean-Michel Salaün, tous deux enseignants à l'ENS de Lyon, reviennent sur l'origine de ce projet et la construction de ce MOOC.

  • D'où est venue l'idée de faire un MOOC sur l'architecture de l'information ? Qu'est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans ce projet ?
Benoit Habert (BH) : Première motivation : l'architecture de l'information, le fait de concevoir des systèmes informationnels agréables et fructueux, est développée en Amérique du Nord et dans une partie de l'Europe. Sa présence dans le monde francophone est moins évidente, malgré quelques cours en Suisse et au Québec et, bien sûr, le master Architecture de l'information de l'ENS de Lyon, cohabilité avec l'Enssib et Lyon 1. Il y a une demande. Les 4000 inscrits au MOOC à ce jour semblent le confirmer.
Deuxième motivation : des professionnels de différents secteurs (documentation et information ; ingénierie du web ; prise en compte de l'utilisateur) veulent se former à ce domaine.
Jean-Michel Salaün (JMS) : Il y avait donc à la fois une nécessité de promouvoir l’architecture de l’information dans la francophonie et l’opportunité d’élargir par ce type nouveau de formation notre offre dans le domaine.
  • Et pourquoi avoir choisi le format du MOOC ?
BH : Un MOOC offre à ceux qui le suivent une solution souple. Chacun peut visionner les cours et faire les exercices au moment où il le veut. C'est particulièrement important pour les professionnels pour lesquels les formations en présentiel sur toute l'année ne sont pas adaptées. C'est aussi pour nous l'occasion de tester des méthodes de travail collaboratives à distance.
JMS : On peut aussi toucher un public beaucoup plus large que le public traditionnel des universités et, plus encore, de l’ENS, un public souvent de fait exclu de l’enseignement supérieur alors même qu’il est demandeur de formations et souvent déjà très qualifié et riche en expérience.
  • Parmi les enseignants participant à ce MOOC, certains viennent du Canada et de Suisse. Comment s'est construite cette collaboration ?
BH : Elle date de plus de 4 ans, dès la conception et la construction du master Architecture de l'information à l'ENS de Lyon. Jean-Michel Salaün revenait de l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal, avec les apports en architecture de l'information d'Amérique du Nord. Nous avons travaillé depuis trois ans avec des collègues québecois et des collègues suisses à un manuel d'architecture de l'information, le premier en français, qui sort chez De Boeck début mai. Ce travail au long cours nous a permis de nous accorder sur les contenus et sur la méthode de travail.
JMS : La dynamique de la construction du MOOC nous a amené à ajouter en cours de route une collègue de l’Université de Laval pour compléter notre panel sur une thématique importante. L’intérêt d’un MOOC est de faciliter la coopération internationale d’autant que le public est lui-aussi transfrontière.
  • Pour les non-initiés, à quoi sert l'architecture de l'information ?
BH : On compte en 2015 plus d’un milliard de sites web et applications mobiles. Dans un environnement aussi compétitif, la fidélité de l’internaute à une interface ou à une ressource dépend en grande partie de l’expérience de sa visite. C’est pourquoi le rôle de l’architecte de l’information est primordial : organiser les espaces informationnels, en particulier numériques, afin de garantir à l’utilisateur un accès facile et intuitif au contenu recherché.
  • Vous dites que le métier d'architecte de l'information est encore peu connu en France. Pourquoi cela ?
JMS : Cela reste un peu mystérieux. Plusieurs facteurs se sont sans doute conjugués : le cloisonnement des filières alors que l’interdisciplinarité y est indispensable ; une vision trop étroite de la notion de design, plus orientée vers l’esthétique que vers la conception ; une méconnaissance des sciences de l’information ; une domination du raisonnement technique de l’ingénieur plutôt qu’une prise en compte fine de l’expérience utilisateur. Quoi qu’il en soit, le retard n’est pas sans conséquence. Les firmes qui dominent aujourd’hui le numérique ont toutes une architecture de l’information impeccable. Et ces firmes-là ne dominent plus seulement leur filière, mais bien l’ensemble de l’économie mondiale...
  • Qu'attendez-vous de ce premier MOOC ? Une seconde session est-elle à prévoir (voire un cours plus avancé) ?
BH : Ce MOOC est un MOOC d'ouverture au domaine de l'architecture de l'information. Il introduit aux grands volets de la discipline : technologies du web, organisation de l'information, expérience utilisateur. Il permet aux professionnels ou aux étudiants de chacun de ces domaines de comprendre les apports des autres domaines et de situer l'architecture de l'information dans la galaxie des métiers du web.
Nous allons tester la rédaction d'un livret numérique en architecture de l'information par chacun des apprenants qui le souhaitera. Nous allons utiliser le travail entre pairs pour l'amélioration et l'évaluation de ces livrets. Un espace pour la veille collaborative est également mis en place. En somme, associer au travail individuel demandé habituellement par un MOOC des activités collaboratives.
JMS : Le MOOC est aussi l’occasion d’ouvrir un diplôme d’établissement en formation continue. Le MOOC est en quelque sorte le concours d’entrée au diplôme qui se poursuivra par une série de modules spécialisés et adaptés aux horaires des personnes qui travaillent.
C’est pourquoi il ne s’agit pas d’une initiative isolée. Il y aura d’autres sessions du MOOC pour ancrer dans la durée à la fois la promotion du domaine et la formation continue. De plus, le master, le manuel, le MOOC et le diplôme d’établissement forment un bouquet au sein duquel les synergies sont fortes entre les ressources, les enseignants et les enseignés. C’est un petit écosystème, dont on pourrait mesurer les retombées et la rentabilité et qui pourrait suggérer d’autres pistes pour l’enseignement supérieur.
  • A quelques jours de l'ouverture du MOOC, si certains hésitent encore s'inscrire, pouvez-vous leur donner une bonne raison de participer à l'aventure ?
BH : L'information est désormais omniprésente. Apprendre comment mieux organiser les espaces informationnels, c'est contribuer les rendre plus plaisants et surtout plus utiles individuellement et collectivement. Et nous espérons que notre MOOC sera une expérience agréable et utile en ce sens.
JMS : C’est au moment où une communauté se construit que les échanges à l’intérieur sont les plus riches. Il serait dommage de passer à côté de cette aventure.

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