Liens transverses ENS de Lyon

Agenda de l'ENS de Lyon

Silence et féminités

Date
jeu 06 mai 2021
Horaires

17h30-19h30

Lieu(x)

Le séminaire se déroulera en ligne, sur Big Blue Button. Lien communiqué par mail après inscription. 

Intervenant(s)
  • Jeanne Mousnier-Lompré
  • Marine Gallin
Organisateur(s)
Langue(s) des interventions

Description générale

Le laboratoire junior ¡Silencio! continue sa réflexion autour du silence dans le monde hispanophone. Nous commençons avec ce séminaire "Silence et féminités" l'étude du 2e axe de recherche : Silence et pouvoirs. Nous écouterons pour cela deux intervenantes, qui travaillent sur deux époques bien différentes : le Moyen Âge et la Guerre civile espagnole. 

Jeanne Mousnier-Lompré nous présentera une intervention intitulée "Silence et voix de femmes dans les miroirs aux princesses de la fin du Moyen Âge : usages prescriptifs et restrictifs de la parole des puissantes." 

Résumé :

« Une voix étouffée. Emprisonnée par une éthique qui assimile le péché de langue à la gloutonnerie, porte d’autres vices, fourrier de la luxure et de l’orgueil. Péché d’autant plus grand quand il vient de femmes et qu’elles prétendent parler publiquement ». C’est ainsi que Christine Klapish-Zuber définit la parole féminine dans le volume Histoire des femmes en Occident consacré au Moyen Âge. En effet, dans la société médiévale, le pouvoir des mots est à manier avec la plus grande précaution et sa maîtrise apparaît avant tout masculine : les voix des femmes sont tues, jugées dangereuses, futiles ou trop abondantes et voient parfois leur féminité mise en doute quand elles semblent présenter trop de qualités.

Quelle voix émane alors des puissantes, quelle parole se trouve attribuée aux princesses médiévales ? Peut-elle être égale à celle du prince, se subordonne-t-elle à l’autorité masculine ou a-t-elle ses domaines réservés ? Est-elle seulement politique ?

Si les souveraines prennent parfois la plume pour s’exprimer sur l’exercice du pouvoir, ce sont surtout les hommes et les femmes de lettres qui tâchent donner la définition de ce qu’est un bon gouvernement, notamment à travers les traités d’éducation qu’ils rédigent à leur intention. Ces traités, que l’on appelle des « miroirs », constituent une source historique et littéraire privilégiée pour contempler l’image mouvante du pouvoir féminin qui s’y dessine. À travers trois « miroirs aux princesses », Le Trésor de la Cité des Dames de Christine de Pizan écrit pour la dauphine Marguerite de Bourgogne, El Jardin de Nobles Donzellas rédigé pour Isabelle la Catholique par Fray Alonso de Córdoba et L’Éducation de la femme chrétienne de Jean-Louis Vivès établi à l’intention de la reine consort d’Angleterre Marie d’Aragon et de sa fille Marie Tudor, future reine régnante, nous verrons quels usages de la parole prescrivent les hommes et les femmes de lettres aux puissantes de la fin du Moyen Âge.

Jeanne Mousnier-Lompré :

Actuellement étudiante en M2 de littérature comparée à l’ENS de Lyon et capésienne de lettres modernes, je me consacre à l’étude des miroirs aux princesses depuis la rédaction mon premier mémoire. L’écriture politique m’a toujours intéressée : dès la licence, j’ai eu envie d’écrire sur le genre du « miroir au prince » en diachronie. Mais la découverte de Christine de Pizan a dévié mon travail de sa trajectoire initiale et je me suis tournée vers l’écriture prescriptive du Moyen Âge à travers le prisme des gender studies. La littérature comparée médiévale m’a permis d’explorer une période passionnante à travers une diversité de cultures et de langues que sont l’ancien français, le latin, l’espagnol et l’anglais. Certaines œuvres n’existant qu’en version originale, mon goût pour la traduction s’est développé et j’ai rejoint en parallèle différents projets de traduction collective avec l’association de l’ATH (Atelier de Traduction Hispanique) et récemment avec le laboratoire ¡Silencio en participant à la mise en français du roman El Hijo de Gengis Khan d’Ednodio Quintero, des poèmes carcéraux recueillis dans la thèse d’Aurore Ducellier El verso que retoña, Antología de poesía carcelaria en el primer franquismo et du journal de María Josafa Canellada, Pena de Ocaña. J’espère pouvoir poursuivre mes travaux de recherche dans le cadre d’une thèse dans les années à venir.
 


Marine Gallin nous présentera une intervention intitulée : Mercedes Núñez Targa, la résistance au silence. 

Résumé : 

Mercedes Núñez Targa s'est d'abord engagée avec PSUC pendant la guerre civile. Elle a été incarcérée à Ventas et a fait partie des résistantes espagnoles déportée à Ravensbrück. Elle a publié après des années de silence Cárcel de Ventas en 1967, sur son incarcération puis El carretó dels gossos en 1980. Ses deux livres ont été écrits dans l'optique d'être une voix pour celles qui n'en avaient plus : « "Explica a los de la calle lo que has visto aquí." Esta frase, pronunciada por una reclusa de Ventas al darme el abrazo de despedida me ha estado arañando la conciencia como una promesa incumplida. Hasta que, a viente años de distancia, como he podido, como he sabido, he pergeñado este relato forzosamente incompleto. » (Cárcel de Ventas, p.2, 1967), « I ara, em creureu a mi? Potser no. Però es veritat i cal escruire-la, la veritat encara que molts (...) arronsin les espatlles amb escepticisme. Escriuré perque cal dir-ho (...) perque no es tracta de fer bora literària sinò de dir la veritat. » (El carretó dels gossos, p.7, 1980). Avec cette communication, je m'intéresserai donc à la lutte contre le silence des femmes incarcérées pendant la Guerre Civile et des déportées espagnoles, considérées comme apatrides et par conséquent inconsidérées par l'historiographie pendant des décennies.

Marine Gallin :

Actuellement enseignante dans le secondaire en région parisienne. Agrégée d'espagnol depuis juin 2018, elle a fait son master à l'Université Lyon 2 Lumière. Elle a consacré son mémoire de Master 2 à l'œuvre de Mercedes Núñez Targa. 
 

Gratuit
Inscription

Inscription gratuite mais obligatoire : labo.silencio [at] gmail.com