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Silence et populations indigènes

Date
ven 12 mar 2021
Horaires

14h-16h

Intervenant(s)
Organisateur(s)
Langue(s) des interventions

Description générale

Le laboratoire junior ¡Silencio! a le plaisir de vous convier à son 3e séminaire. Celui-ci conclura un premier axe de réflexion, qui était "Formes et manifestations du silence". Pour cette séance, nous aborderons la question du silence et des populations indigènes à travers les prismes de l'histoire contemporaine, de l'anthropologie sociale et de l'ethnologie grâce à deux interventions.

Antoine Rousseau, doctorant en histoire, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CRALMI : Les hommes muets. La colonisation des populations amérindiennes du Gran Chaco (années 1880 – 1930).

Rendre compte des dynamiques qui structurent un territoire en voie de colonisation signifie également rendre audible les points de vue formulés par les individus sur lesquels s’exercent cette dernière. Or, en ce qui concerne la région du Pilcomayo au tournant du XXe siècle, nous disposons principalement de récits de voyage qui ont tous été écrits par des acteurs de la pénétration coloniale. Au-delà de la réflexion méthodologique sur l’importance d’étudier les histoires orales des communautés amérindiennes pour pallier cette silenciation instaurée de facto ; il s’agira pour nous de relever dans ces sources écrites les caractéristiques de la construction d’une perception auditive proprement coloniale du territoire exploré et des individus qui le peuplent. L’analyse de la manière dont les récits rendent compte des discours indigènes nous permettra ainsi d’approcher les usages différenciés de la parole et une hiérarchisation de celle-ci en fonction de sa finalité et des locuteurs concernés.

Joaquín Ruiz Zubizarreta, doctorant en anthropologie sociale et ethnologie, EHESS/LAS : Le silence comme stratégie et le silence comme méthodologie chez les Mbya-Guarani.

Les Mbya-Guarani ont la réputation d'être un peuple très réservé. Ils refusent de raconter leurs mythes et traditions à n'importe qui, et peu d'étrangers ont eu le droit d'assister à leurs rituels de manière habituelle. Face à ce mur de silence, quels sont les défis pour faire un travail de terrain ethnographique chez les Mbya-guarani ? N'importe qui se dirait que les ethnologues devraient s'occuper d'avoir une bonne connaissance de la langue des indigènes qu'il visite. Or, que faire en plus d'être patient quand il n'y a rien d'explicite à comprendre sauf le silence ? Qu'est-ce que le silence rend explicite ? On dit aussi que l'ethnologue doit être invisible tout en étant là. Or, on devrait dire qu'il doit garder le silence. Je présente ainsi comment, en renonçant à poser mes questions, j'ai pu écouter des réponses et enregistrer certains discours malgré les premières réserves de mes interlocuteurs. Ces discours ont la particularité d'établir la frontière au-delà de laquelle ils ne sont pas énoncés. Ainsi nous montrons le silence des Mbya-guarani en rendant explicite la stratégie qu'il cache.

Gratuit
Inscription

labo.silencio@gmail.com (lien de connexion communiqué après inscription)