18h-20h
Visioconférence
- Diane-Sophie Girin,
- Emilie Grisez,
- Jean-Renaud Lambert,
- Léonard Moulin,
- Bernard Toulemonde,
- Blandine Vignon
Les médias mais aussi les chercheurs, sociologues comme historiens de l’éducation, s’emparent volontiers des « relations entre enseignement privé et école publique » en France sur le mode de la concurrence âpre et de la compétition inéquitable. SI les stéréotypes ne sont jamais loin, l’image marchande n’est pas injustifiée : jusqu’en 1930, les deux enseignements secondaires sont payants et « les lycées et les meilleurs collèges l’emportaient pour l’instruction, les établissements privés pour l’éducation, ce qui donnait l’avantage à leurs internats » (Prost, 2011, p.315).
Mais depuis la loi Debré (1959) qui fait de l’enseignement privé sous contrat un délégataire du service public d’éducation, l’évolution des relations va dans le sens d’un rapprochement, en particulier sur le statut du personnel enseignant, alors même que l’autonomie de fonctionnement des établissements privés semble s’être accrue. Si la contractualisation de l’État avec un service éducatif de droit privé est loin d’être propre à la France, les modalités de régulation formelles et informelles de ce « quasi-marché » scolaire y sont originales, souvent ambivalentes alors même que la littérature de sciences sociales ne s’y attarde guère. Comment caractériser la gouvernance des directions diocésaines, et comment, en pratique, l’administration scolaire dessine-t-elle les contours de leurs interventions légitimes ?
Derrière les questions de régulation, il se pose aussi des interrogations de sociologie et de sciences de l’éducation. Le « choix de l’école » ne s’opère plus aujourd’hui entre secteurs d’enseignement, mais entre établissements, en fonction de stratégies multiples (van Zanten, 2009) qui ne concernent pas seulement les familles économiquement aisées ou culturellement favorisées : comment l’enseignement privé répond-il à ces pratiques de « zapping » décrites dès les années 1990 (Langouët et Léger, 1994) ? Et comment comprendre que malgré cette homogénéisation des comportements familiaux, la baisse démographique actuelle risque de contraindre la fermeture d’écoles publiques alors que les établissements privés font face à une demande que le Secrétariat général de l’enseignement catholique juge en nette croissance ?
Les performances du privé seraient-elles avérées par-delà la sélection socio-économique des élèves qu’on y inscrit, ce qui expliquait jusqu’alors l’inéquité de la compétition pédagogique entre les deux secteurs ? Et qu’en est-il de l’enseignement professionnel, qui regroupent des populations scolaires populaires, aujourd’hui souvent défavorisées ?
Par ailleurs on sait que le « caractère propre » concédé à l’enseignement sous contrat concerne la vie scolaire et l’environnement éducatif, et non l’enseignement. Mais cette séparation va-t-elle de soi, et les pratiques pédagogiques ne sont-elles pas affectées elles aussi globalement par les enjeux de gestion de la mixité, de la diversité et de l’inclusion, ou plus localement par les différences que congrégations et diocèses s’efforcent de valoriser ? Au-delà, l’appel au « caractère propre », faute d’une définition précise de cette notion, ne justifie-t-il pas une interprétation assouplie du contrat d’association (Merle, 2025) ?
Enfin qui sont les professeur.es et les éducateurs de l’enseignement privé, et à quelles évolutions différentes de celles des enseignant.es du public répondent-ils ? Les conditions de travail pressenties expliquent-elles le choix d’un concours pourtant moins prestigieux et d’un statut moins bien rémunéré ? Quelles particularités la génération enseignante actuelle présente-t-elle à l’égard de ses prédécesseures ? Les directions d’établissement expérimentent-elles une évolution dans les relations hiérarchiques à l’égard des directions diocésaines ou congréganistes, à l’égard des OGEC ? Et quelle formation les cadres de l’enseignement sous contrat pensent-ils être ajustée aux enjeux de l’école contemporaine ?
Pour répondre partiellement à ces questions, cette treizième table-ronde des Entretiens Ferdinand Buisson réunit :
- Diane-Sophie Girin, post-doctorante en sociologie au Centre d’études en sciences sociales du religieux-EHESS, dont la thèse parue aux PUF s’intitule À l’école musulmane. Une école à soi dans la France post-attentats (PUF 2026)
- Emilie Grisez, doctorante en sociologie au Centre de recherche sur les inégalités sociales (CRIS)-SciencesPo, dont le mémoire de M2 publié aux PUF s’intitule À l’école primaire catholique. Une éducation bien ordonnée (2023)
- Jean-Renaud Lambert, enseignant agrégé de sciences économiques et sociales, ancien conseiller pédagogique pour l’AEFE de la zone Amérique latine, directeur de l’ISFEC Saint-Joseph de Montpellier
- Léonard Moulin, économiste chargé de recherche à l’INED, auteur d’une étude sur les performances académiques comparées en collège public/privé en France
- Bernard Toulemonde, juriste, ancien recteur des académies de Montpellier et de Toulouse, ancien doyen du groupe « Établissements et vie scolaire » de l’inspection générale de l’Education nationale, ancien directeur de l’enseignement
- Blandine Vignon, ancienne cheffe d’établissement du collège privé Champagnat de l’Arbresle, directrice du groupe scolaire Pierre Termier à Lyon
Conférence-débat organisée et animée par Hélène Buisson‑Fenet (Triangle, CNRS/ENS de Lyon) et Régis Guyon (IFÉ/ENS de Lyon)
Gratuit
Courriel : regis.guyon [at] ens-lyon.fr
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